La marque de prêt-à-porter est dans la tempête, alors qu’un litige l’opposant à l’artiste Revok au sujet du non-respect de copyright prend une ampleur insoupçonnée.

Le géant suédois est en période de crise. Quelques mois seulement après le scandale du hoodie “Coolest monkey in the Jungle” (“Le singe le plus cool de la jungle”) porté par un enfant noir, H&M a sorti une nouvelle campagne marketing intitulée “new routine”. Problème, plusieurs graffitis du street Artist Revok étaient visibles et ce dernier a riposté, demandant des comptes à l’enseigne. Les avocats de l’artiste auraient alors envoyé une lettre de mise à demeure à l’encontre d’H&M, stipulant que “l’utilisation non-autorisée de l’œuvre originale de Jason Williams (alias Revok), et la façon dont l’œuvre est utilisée, lui porte préjudice, et va sans doute laisser penser aux consommateurs qui connaissent son art, qu’il y a désormais un lien entre les deux parties“. Loin d’être une menace, l’artiste voyait en cette lettre une main tendue afin de parvenir à un accord à l’amiable entre les deux parties.

H&M ne l’a cependant pas entendue de cette oreille, contre-attaquant en déposant une plainte envers Jason Williams, estimant que les droits d’auteurs et autres royalties ne s’appliquent pas aux street artistes. Un conflit de fond se profilait. Cette attitude revient en effet à ne pas considérer le graffiti comme un art, mais plutôt comme une activité illégale, estimant que “Le droit à la protection de l’œuvre est un privilège judiciaire fédéral qui ne s’étend pas aux œuvres créées dans l’illégalité” comme l’explique H&M.


Cette affaire a pris une importance nouvelle suite au mouvement de soutien d’autres street artistes, à l’instar du londonien “Insa”, qui a appelé depuis à un boycott pur et simple de la marque: “Boycott d’H&M : Cette semaine, le vendeur de prêt-à-porter H&M a déposé une plainte à la cour fédérale de New York. Elle demande apparemment que le tribunal détermine que toutes les œuvres illégales, comme le street art et les graffitis, soient privées de la protection du copyright, et puissent ainsi être utilisées par n’importe quelle marque ou entreprise, sans offrir de rétribution ni demander la permission de l’artiste. Cette action en justice lancée par H&M est une attaque pure et simple des droits des artistes et nous devons la dénoncer. Des millions de fresques et d’œuvres d’art partout dans le monde pourraient ainsi se retrouver sans protection et disponibles pour un usage commercial, sans contrepartie financière ni autorisation quelle qu’elle soit.” 

Dès lors, ce cas est devenu le symbole de la lutte des street artistes dans le but de faire valoir leurs droits. Si le tribunal venait en effet à statuer en faveur du géant suédois, cela reviendrait à priver les oeuvres urbaines de toute protection juridique. Les marques pourraient alors utiliser n’importe quel graffiti sans ne rien devoir à son auteur, leurs travaux n’ayant plus aucun droit de copie.

Devant l’ampleur de la contestation, H&M a tenté de redorer son image: “H&M respecte la créativité et l’unicité des artistes, quel que soit leur support de création. Nous aurions dû nous y prendre autrement dans cette affaire. Cela n’a jamais été notre intention de créer un précédent juridique concernant l’art public, ni d’influencer le débat sur la légalité du street-art. En conséquence, nous retirons notre plainte. Nous sommes actuellement en train de contacter directement l’artiste en question pour trouver un arrangement.” Malgré ce communiqué, la plainte envers Revok n’aurait pas été enlevée, l’avocat de Jason Williams affirmant avoir eu contact avec les avocats de l’enseigne suédoise, qui auraient décidé de maintenir les poursuites.

Une ambiguïté qui vient alors ternir encore un peu plus l’image de la H&M, pendant que de son coté, Revok ne se démonte pas, d’autant plus que les soutiens ne cessent d’augmenter autour de sa personne et de son travail. L’avocat du graffeur tente lui de prouver la fausseté de ces accusations, citant la constitution américaine:“la protection est valable pour les œuvres originales d’un·e auteur/autrice fixé sur n’importe quel support tangible d’expression…”.  Nul doute que ce scandale est loin d’avoir fini de faire parler de lui, d’autant plus qu’il touche à une question sensible dans le paysage de la culture urbaine et populaire contemporaine.

Citations traduites de l’anglais par Sophie Janinet pour Konbini

Dans le reste de l’actualité, la Nike Air Max 98 s’offrira une version “Desert Camo”.

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