Alors que 2017 fut marqué par l’outrageuse domination de Balenciaga et Gucci, cette année semble être celle du retour triomphal de Prada sur le devant de la scène.

Marque reconnue dans le monde entier au même titre que Chanel ou Dior pour ses collections haute couture, la marque était restée quelque peu en retrait ces dernières années. Heureusement pour les fans de luxe à l’italienne, 2017 a dévoilé les prémisses d’un retour au premier plan de la maison transalpine. Mais comment expliquer ce renouveau et cette exposition médiatique inédite dans l’histoire de Prada?

Tout d’abord, il convient de présenter un peu plus en détails cette marque atypique et souvent méconnue du grand public. Créée en 1913 sous l’égide de Mario Prada, la maison se nomme à ces débuts Fratelli Prada et est alors spécialisée dans la fabrication de chaussures, sacs et autres accessoires de mode. Elle jouit très rapidement d’une importante renommée et attire une riche clientèle, avant que le succès ne s’essouffle à partir des années 1950.

“(J’ai) toujours voulu être la première à tout avoir, avec le désir de ne ressembler à personne.” Miuccia Prada.

Ce n’est qu’en 1977 que Prada recouvre un second souffle, grâce à la petite fille du fondateur, Miuccia. Cette dernière développe avec son mari, Patrizio Bertelli, les activités de la société, tout en la modernisant. Le prestige perdu est alors rapidement reconquis, en atteste le succès des fameux sacs Pocono sortis en 1980. La première collection de prêt-à-porter femme est lancée huit ans plus tard, suivie de celle pour hommes en 1993. Au début des années 2000, la maison Prada diversifie ses activités et s’ouvre à de nouveaux secteurs : Prada Sport, Prada Beauty et Prada Eyewear. Bien que conservant son influence internationale, elle perd cependant ce qui faisait son originalité, et se range.

Portrait de Miuccia Prada issu d’un article de Forbes regroupant les 100 plus grands visionnaires et chefs d’entreprises actuels

Mais alors comment un tel retour a-t-il pu arriver ? La principale raison se nomme Patrizio Bertelli, directeur artistique de la maison depuis 2012. Ce dernier en est aussi le PDG avec sa femme Miuccia Prada. La cohabitation est néanmoins électrique. Bertelli est en effet réputé pour sa gestion à l’ancienne et quelque peu patriarcale, comme en témoignent ses coups de gueule légendaires. Mais ce dernier est aussi un fin designer, audacieux et visionnaire. Ainsi, ses intuitions et son obsession de la perfection ont permis de redorer le blason de Prada, devenant ces derniers temps une marque qui influence, dictant les tendances en véritable chef d’orchestre.

Un autre élément permettant de comprendre ce retour de l’engouement envers la marque italienne est sa réutilisation du streetwear, chose devenue commune dans le monde du luxe chez Balenciaga ou Gucci par exemple, elles aussi en vogue grâce à leur arrivée sur le marché de la culture urbaine. Prada ne s’est cependant pas contenté d’utiliser les codes de la rue, mais se les est inconstestablement appropriés. Impossible de prétendre le contraire lorsque l’on regarde les dernières collections de la marque ; les influences sont omniprésentes mais se fusionnent à la perfection au luxe à l’italienne.

La chunky sneaker façon Prada, avec la “Cloudbust”.

Dans cette logique, on retrouve des badges dans le style “employé d’entreprise” lors de la collection Automne/Hiver 2017/2018 ou encore le succès des pantalons à bandes. Ces derniers originaires de chez Prada et inondent actuellement le marché, prouvant plus que jamais l’influence extraordinaire de la marque. Autre exemple, les fameuses Cloudbust sneakers, ayant beaucoup fait parler d’elles, au même titre que les toutes nouvelles baskets “Trainer” faites en tissu de type “Knit” et portées par certaines icônes du streetwear que personne n’aurait imaginé chaussés d’une sneaker Prada l’année dernière encore.

On notera aussi que ces baskets n’ont pas de lacets mais sont équipées de velcro, chose très peu répandue dans le milieu de la basket et encore moins dans celui du luxe. Ces paires symbolisent de la plus belle manière cette hype créée par Prada, utilisant les tendances, ici de la chunky sneaker, afin de créer une basket unique et originale tout en s’assurant qu’elle sera appréciée du grand public. Cette modernisation est sans aucun doute le fruit des patrons Bertelli et Muiccia Prada, visionnaires malgré eux. Ces derniers ont révolutionné Prada en lui insufflant un style urbain, se prolongeant même sur le workwear plus récemment, le transformant pour qu’il s’accorde aux codes de la marque.

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En plus de tous ces éléments, la marque a réussi à s’entourer de grands noms pour promouvoir ses dernières collections. Il y a l’exemple du très connu réalisateur Pedro Almodovar, Président du festival de Cannes l’an dernier et qui était la tête d’affiche de la collection Automne/Hiver 2017. Drake a lui aussi été l’un promoteur de la marque, à l’occasion de sa récente tournée “Boy Meets World”. Les uniformes de voyage de Drake s’inspiraient en effet de la présentation de Prada au printemps de l’an dernier et étaient entièrement personnalisés par la marque de luxe.

Des combinaisons en nylon aux pantalons de survêtement et aux coupe-vent, Prada proposait des tenues fonctionnelles de luxe au rappeur, conclues par un patch “BMWT Special Edition by Prada” présent sur chacune des pièces. Le rappeur de Toronto n’est cependant pas le seul à porter des pièces de la maison italienne, ainsi Travis Scott, Lil Uzi vert, ou encore Migos ont été vus au cours des derniers mois habillés des derniers items signés Prada. Des artistes que l’on imagine volontiers devenir dans un future proche égéries de la marque, lorsque l’on sait le public ô combien nombreux que ces derniers touchent à chacune de leur apparition publique ou publication sur les réseaux sociaux.

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La marque disposant alors d’un passé riche et glorieux, de deux têtes pensantes avant-gardistes et de collections 2018 plus que remarquées par les plus grands spcécialistes de la mode, son expansion ne peut que continuer. Et comme Bertelli l’expliquait dans une récente interview dans laquelle il était question de la volonté d’étendre et de faire grandir la marque : “être petit c’est désastreux, les petits restent isolés dans un monde globalisé“. Son association avec des célébrités incontournables augmentera encore sans aucun doute la visibilité de la marque italienne, et lui permettra de toucher un public encore plus jeune et plus large. Le doute n’est dès lors plus autorisé, Prada sera la marque qui dominera 2018.

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