Ces derniers mois, il fallait vivre loin du microcosme du rap US pour ne pas entendre parler du sulfureux 6ix9ine, aussi connu sous le pseudonyme de Tekashi 69 ou tout simplement Tekashi.

Originaire de Brooklyn, né d’un père portoricain et d’une mère mexicaine, 6ix9ine est un personnage à part qui divise autant qu’il interroge. Sujet à une enfance tourmentée (il n’a pas connu son père biologique et son beau-père a été assassiné lorsqu’il avait 13 ans), Daniel Hernandez de son vrai nom va alors enchainer les échecs scolaires puis les petits boulots avant de tomber dans le trafic d’héroïne. Rapidement emprisonné alors qu’il était encore mineur, le garçon va devenir rappeur peu avant sa majorité. Très enclin aux polémiques du fait d’un comportement parfois déviant, sa musique n’en est pas moins un énorme vecteur d’intérêt pour des auditeurs adeptes d’un rap moderne, brut et sans retenue.

Un succès artistique fulgurant

Bien qu’il apparaisse comme un énième rappeur SoundCloud, notamment du fait de son apparence et de son succès fulgurant, 6ix9ine produit pourtant une musique assez éloignée des codes du genre. À première vue, les fans ont immédiatement créé un parallèle avec les débuts de carrière de Chief Keef, du fait de l’énorme énergie et de la hargne qui imprègnent sa musique. Ses productions ne sont pas saturées, l’autotune n’est pratiquement jamais présente, il n’est pas influencé par le grunge à la manière de Lil Peep, XXXTENTACION ou Lil Uzi Vert, bien que l’agressivité de son flow puisse évoquer le heavy metal. Dès lors, il est évident que 6ix9ine est avant tout une machine à bangers survoltés, bien aidé par son flow percutant et ses propos sans filtres avec lesquels il représente la face sombre de sa ville et de son mode de vie. Beaucoup plus gangsta rap que rap emo malgré son apparence, beaucoup plus hardcore que mélancolique, 6ix9ine n’a rien à voir avec ses pairs de SoundCloud, et ses fans l’ont bien compris.

Impossible d’évoquer l’ascension et la musique de 6ix9ine sans parler de son plus gros hit à ce jour, l’explosif “Gummo” qui réunit tous les codes de sa musique : de la production ultra énergique à son interprétation enragée. Dans son hit “Magnolia”, Playboi Carti déclare “In New York I Milly Rock” en référence à la célèbre danse. De son coté, Tekashi prend un angle très différent et lui répond “À New York mes gars ne dansent pas le Milly Rock, mes gars font de l’argent” qui symbolise bien l’état d’esprit hustler du rappeur de Brooklyn au contraire d’une nouvelle génération énormément préoccupée par l’image et le paraître. 6ix9ine n’est pas et ne sera jamais une icône de la jeunesse et ce contrepied sur les propos de Carti l’image très bien.

6ix9ine a su rapidement enchainer après le succès de “GUMMO” grâce aux morceaux “KOODA” et  “KEKE” en featuring avec Fetty Wap (auteur d’un superbe refrain) et A Boogie Wit Da Hoodie, que nous avons rencontré le mois dernier. Au cumulé sur YouTube, ses trois derniers morceaux atteignent désormais 168 millions de vues, signe que le succès du principal intéressé a désormais amplement dépassé le cadre de l’underground. Au-delà de sa musique, le rappeur fait aussi parler grâce à son univers brut à l’image de ses clips tournés en pleine rue qui infusent d’une violence sans retenue. Il revendique l’expression S.C.U.M, acronyme de “La société ne peut pas me comprendre(Society Can’t Understand Me) et signifiant “crasse” ou “salaud” dans la langue de Shakespeare.

À la manière de XXXTENTACION puis Lil Pump en 2017, 6ix9ine est désormais un visage établi dans la nouvelle garde du rap US, malgré les nombreuses critiques qui s’abattent sur lui. Et ces fameuses critiques n’ont rien d’anodines.

Des polémiques à foison

La semaine dernière avait lieu la troisième édition du Yams Day, organisé par le A$AP Mob en hommage au regretté A$AP Yams. Malheureusement, les choses ne sont pas déroulées comme prévu suite à des bagarres et des débordements qui ont provoqué l’arrêt prématuré du concert. Et selon les témoignages des gens présents sur place, 6ix9ine et son crew seraient impliqués dans des échauffourées, notamment avec des fans. Un évènement qui montre bien une chose : 6ix9ine est un aimant à polémiques et ces débordements du Yams Day n’en sont qu’un exemple de plus.

Il y a aussi de nombreux échanges houleux avec son ancien ami et collaborateur Trippie Redd ou encore un discours parfois très trash, mais c’est pour des faits beaucoup plus graves qu’est dans la tourmente le rappeur. 6ix9ine est en effet poursuivi pour détournement de mineure suite au leak d’une vidéo vieille de 4 ans dans laquelle on le voit en compagnie d’une jeune fille dénudée qui avait à l’époque 13 ans alors que le rappeur en devenir en avait déjà 18, soit l’âge de la majorité sexuelle aux États-Unis. Tekashi ayant plaidé coupable, il risque désormais jusqu’à 3 ans d’emprisonnement, ce qui pourrait sévèrement faire dérailler son succès mais aussi l’associer à une image et une réputation des plus houleuses, ce qui est déjà largement le cas dans l’esprit de ses détracteurs. Son procès ayant lieu à la fin du mois de janvier, des réponses quant à la suite de sa carrière seront rapidement apportées. Daniel Hernandez est alors un nouvel exemple de la difficulté à dissocier l’artiste de l’homme avec en débat de fond, une question d’éthique et de morale qui se pose logiquement. Pour preuve, ce détournement de mineur a poussé Pi’erre Bourne et Trippie Redd à s’éloigner de son entourage et ne plus vouloir être liés à 6ix9ine. Trippie Red a d’ailleurs récemment déclaré sur Instagram : “Je ne soutiens pas les oppresseurs et les pédophiles“.

Vous l’aurez alors bien compris, Tekashi 69 est un nouveau cas épineux à traiter pour tous les observateurs de hip-hop. Entre bangers surpuissants et accusations des plus graves, le jeune 6ix9ine n’a pas fini de faire parler de lui.

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