La culture hip-hop fascine un public chaque jour plus grand, et ce succès est en partie dû aux nouvelles sources d’inspiration des artistes. S’imprégner de films ou séries cultes, connus de tous, est un phénomène désormais très répandu au sein de la scène rap, permettant aux auditeurs de mieux comprendre les valeurs et la personnalité de leurs rappeurs préférés.

“8 mile”, “N.W.A”, ou encore “Comment c’est loin”, tous de parfaits exemples de la passerelle qui existe entre deux formes d’art assez opposées : le rap et le cinéma. Ces dernières années, de nombreux biopics des principales figures du rap ont connu un succès incontournable, prouvant que ce mélange de genres plaît. C’est une relation à double sens, le rap s’invite de plus en plus au cinéma, mais on retrouve le 7ème art au cœur de la culture hip-hop. Les rappeurs ne se privent jamais de rendre hommage à leur film préféré, que ce soit dans leurs textes, leurs clips ou même leur attitude.

Les grands classiques du cinéma

“La cité de Dieu”

Le film brésilien “La Cité de Dieu” est un véritable témoignage de l’évolution d’une favela plus que dangereuse, mêlant gangs, armes et drogues. Cette œuvre réunit bon nombre de personnages charismatiques, comme Zé Pequeno, Manu Le Coq, Bené ou bien Buscapé, chacun représentant une facette de la vie en huit clos. En quelques années, le film devient incontournable, les rappeurs y trouvent alors une source d’inspiration et s’approprient le personnage dont ils se sentent le plus proche. Niska sort le morceau “M.L.C” (Manu Le Coq) en featuring avec Booba en 2016, dans lequel il fait le rapprochement entre son mode de vie et celui de ce personnage emblématique, à la fois violent et respectable. Sur un air léger et rythmé, PNL se démarque de la masse et rend hommage au personnage à la fois cool et malin “Béné” dans leur morceau du même nom. On peut aussi citer de nombreux autres rappeurs ayant également fait référence à cette histoire culte dans leurs textes, à la manière Youssoupha, Rockin’ Squat ou Jul ou encore Hornet La Frappe. Notons que son influence s’étend sur l’ensemble de la scène hip-hop, le média français Booska-P tire son nom du narrateur de cette triste histoire, Buscapé, personnage à part qui apporte un regard nouveau sur son monde et toujours accompagné de son appareil photo. L’œuvre fascine, parfois même trop selon Sadek : “Te prends pas pour Zé Pequeno parce que t’es filmé par Booska-P“.

“Le Parrain”

Presque 50 ans après sa sortie, un mythe du cinéma continue d’exercer une influence plus qu’importante sur les rappeurs que nous connaissons tous. Référence ultime en termes d’histoire de gangsters, et surtout de respect de la famille, “Le Parrain” ne cesse d’influer sur la culture urbaine et populaire. Au-delà de simples références dans leurs textes, ce sont les attitudes et les comportements des artistes qui trahissent leur profonde admiration pour ce métrage culte. Le film inspire le mouvement du « mafioso rap », qui n’a jamais cessé d’exister depuis sa naissance en 1989 avec l’album “Road to the Riches” de Kool G et DJ Polo. Le principe est de montrer qu’on mène une vie luxueuse et dangereuse, en faisant référence au milieu du crime organisé. Il a ensuite connu de très prestigieux représentants, comme JAY-Z, The Notorious B.I.G ou encore Rick Ross. C’est un style qui perdure, même de notre côté de l’Atlantique, avec par exemple Djadja & Dinaz qui ont ont connu le succès grâce à leur morceau “J’fais mes affaires” (près de 50 millions de vues sur YouTube), dont le clip a été réalisé dans la ville de de Don Corleone.  Leur attitude de jeunes mafieux ambitieux plaît à un certain public, et SCH l’a lui aussi bien compris. Ce dernier a adopté ce comportement depuis ses débuts, que l’on retrouve dans les clips “Massimo” ou “A7“, montrant sa soif de violence, de respect et de biens luxueux. Ce style ostentatoire émane donc d’une œuvre cinématographique d’un autre temps mais qui ne semble pas avoir pris une ride.

“Scarface”

Traiter du train d’union entre rap et de cinéma sans évoquer “Scarface” relèverait du blasphème. Le film est incontestablement jugé comme l’un si ce n’est le plus influent de ces dernières décennies sur l’univers hip-hop. On ne peut que constater qu’il y a eu une véritable évolution dans la culture moderne, car dans les années 80, le film avait profondément choqué la presse et le public tant l’histoire est sombre et crue. Aujourd’hui, on ne peut plus parler de personnage culte sans nommer le terrible Tony Montana. Incarné par le célèbre Al Pacino, il représente à la fois la violence, le désir de l’ascension sociale, la folie, mais aussi et surtout le sens de l’honneur (dans une certaine mesure). Sa personnalité fascine les rappeurs, n’étant pourtant même pas tous nés quand le film est sorti, qui ne manquent pas de lui rendre hommage et de s’imprégner de ses valeurs dans nombre de morceaux. Que ce soit via des dialogues samplés avec “Métèque et Mat” de Akhenaton, des instrumentaux avec “G.O.D. Pt. III” de Mobb Deep, des punchlines ou bien des gimmicks, on ne compte plus les artistes faisant référence au monde de Tony M. Preuve de l’admiration des nouvelles générations : Le monde chico, premier album de PNL, qui a connu un grand succès est une référence au célèbre discours de Tony à son fidèle ami Mani. C’est une source d’inspiration tellement importante qu’elle est tout de même dénoncée par certains, qui cherchent à nuancer ce culte voué au gangster cubain : “Rien à foutre de Tony Montana, j’préfère Amélie poulain, un vrai super héros est censé protéger veuves et orphelins” de Disiz la Peste, ou encore “Sur Scarface je suis comme tout le monde : je délire bien Dieu merci, j’ai grandi, je suis plus malin, lui il crève à la fin.” de IAM.

“Star Wars”

Oeuvre culte qui a fait son apparition dans les salles obscures en 1977, la saga Star Wars est encore aujourd’hui au centre de l’actualité cinématographique et culturelle avec une nouvelle trilogie signée Disney. L’histoire centrée sur la famille Skywalker, le récit du renversement d’une dictature dans la première trilogie, le renversement d’une démocratie dans la seconde trilogie, les personnages cultes, le modernisme des thèmes et le fantastique de l’univers, tous ces éléments sont des influences pour de nombreux rappeurs à différentes échelles. Les personnages de la saga de George Lucas représentent pour beaucoup une puissance divine et un charisme digne des plus grands, devenant ainsi des parallèles évidents dans le rap. Dans le morceau “The Stand”, Childish Gambino montre son attachement à Star Wars tout en se désassociant de l’imagerie gangster de Scarface “I never touch a kilo / opposite Al Pacino / I keep a lightsaber like I fuck around with Greedo” Cela ne s’arrête évidemment pas là, puisqu’en France, Booba raffole des références à Star Wars et a même nommé un morceau “Maitre Yoda” Il y déclare notamment “Donne la force aux chiens de la casse #MaîtreYoda” comparant ainsi les chevaliers jedi entrainés par Yoda aux membres de son entourage. Lorsque l’on connait les projets de Disney en matière de développement de la saga dans les prochaines années, nul doute que les références à Star Wars dans le rap ne risquent pas de s’atténuer.

Les séries sont aussi mises à l’honneur

“Narcos”

Côté films, ce sont souvent ceux qui traitent de délinquance et de vie en marge de la société qui inspirent le plus nos rappeurs préférés, et ce principe est applicable aux séries. Elles sont maintenant de plus en plus populaires et trouvent leur place dans la culture moderne, certaines étant déjà presque classiques. C’est le cas de Narcos, qui a su attirer un très grand public en présentant le mythe du mystérieux baron colombien Pablo Escobar, régnant sur un empire de la drogue. Encore une fois, les rappeurs n’ont pas raté l’opportunité de s’inspirer de cette histoire fascinante pour parsemer leurs textes de références à la cocaïne, au cartel de Medellin ou même au désormais célèbre agent Pena. En 2016, c’est Joey Bada$$ qui clame son amour pour la série, et notamment pour la bande son ” Tuyo” presque aussi culte que la série. Il remixe ce morceau de Rodrigo Amarente pour créer le banger “Front & Center“, ce que fait également peu après Demi Portion, sur “Demi Pablo“. L’Amérique latine a donc désormais sa place au sein de la nouvelle scène hip-hop.

“Gomorra”

Série au réalisme saisissant, “Gomorra” décrit avec précision la lutte pour le pouvoir entre deux clans dans la ville de Naples. Avec un tel thème, c’est sans surprise que l’histoire et les personnages aient été utilisés par les rappeurs pour montrer encore une fois leur intérêt pour ce milieu sombre qu’est la mafia. Deux artistes ont principalement participé à la mise en avant de la série dans la culture urbaine française : PNL avec le morceau “Le monde ou rien” et SCH avec son titre “Gomorra“. Les deux clips ont été réalisés dans la mythique cité de la Scampia, théâtre de la série. Les lieux sont impressionnants et se prêtent parfaitement au récit d’histoires de la vie au sein des quartiers, de bénéfices ou de règlements de compte, des thèmes qui parlent à ces rappeurs. Le milieu mafieux est donc toujours une source d’inspiration, que ce soit dans les films ou les séries.

“Game of Thrones”

OVNI de cette liste, la série la plus regardée au monde fascine également à sa façon la nouvelle scène hip-hop. Rien à voir avec les thèmes de prédilection des rappeurs que nous avons présentés. Ici on ne parle ni de mafia ni de crime organisé, mais plutôt de différentes maisons qui se disputent un trône pour régner sur un gigantesque Royaume, tout cela saupoudré de magie et de créatures fantastiques. Cette fois, des rappeurs friands de culture cinématographique plus étendue vont utiliser cet univers dans leurs textes, comme Django dans “Oiseaux” : “J’arrive dans la maison comme un valet mais je ne m’incline pas devant le trône de fer” ou Damso dans “Autotune” : “Blonde platine, elle fait sa Khaleesi, Dragon dans la queue je l’encendre“. Plus récemment, Booba rend lui aussi hommage à la série, en nommant son dernier album Trône, en référence au célèbre “Iron Throne”, accompagné d’une photo de lui qui revêt une fourrure à la manière Jon Snow ainsi que d’une couronne symbolisant son statut dans le rap francophone. Ces têtes d’affiche du rap hexagonal ne sont donc pas arrêtés au mythe du gangster et peuvent s’inspirer d’une histoire complexe et fantastique, quelque peu à la manière de Star Wars.

Vous l’aurez bien compris, le rap entretient désormais un lien étroit avec le cinéma, et plus particulièrement avec les histoires mêlant violence, honneur et banditisme. Cette relation initialement basée sur le principe « je t’aime, moi non plus » évolue avec les années, et maintenant le cinéma aussi s’intéresse à la culture rap. On le remarque par exemple avec le succès flamboyant de long-métrage comme “N.W.A”, retraçant l’histoire du groupe iconique Niggaz With Attitude. Les réalisateurs utilisent aussi désormais de plus en plus la scène hip-hop pour assurer les bandes sons de leurs films et les promouvoir auprès d’un public plus difficile à atteindre. On a récemment eu l’exemple avec “Tueurs”, actuellement au cinéma, qui réunit la crème du rap belge : Damso, Caballero & JeanJass, Roméo Elvis, Krisy ou encore Hamza. Une excellente manière de mêler deux cultures qui étaient comme chiens et chats : pas destinées à s’entendre, et qui pourtant vivent un idylle dont on ne peut que se réjouir. 

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