Alors qu’il fête ses 34 ans aujourd’hui, Donald Glover a d’ores et déjà laissé une trace indélébile sur la pop culture de notre époque. Néanmoins, tout porte à croire que le meilleur reste à venir.

Il est coutume de dire que le talent est une unité impossible à quantifier. La carrière de Donald Glover peut néanmoins amener à reconsidérer ce postulat. Acteur, auteur, rappeur, scénariste, humoriste, réalisateur, compositeur, producteur, le gamin d’Atlanta fait tout. Mais contrairement à beaucoup d’autres artistes ayant tenté de se lancer dans une discipline qui n’était pas la leur, Donald Glover a réussi dans tout ce qu’il a entrepris. Qui aujourd’hui peut davantage le considérer comme un rappeur que comme un réalisateur ? Davantage comédien que scénariste ? La réponse est simple, personne. Véritable polymorphe, Donald Glover prouve depuis presque dix ans qu’il est bien plus qu’un simple artiste touche-à-tout.

Désormais reconnu par la profession et admiré par des millions de fans à travers le monde, Glover n’a pas toujours connu une telle réussite. Il suffit de se rappeler des critiques assassines de la part de la presse spécialisée suite à la sortie de Camp, le premier album de Childish Gambino en 2009. Le très réputé Pitchfork avait notamment décerné la note de 1.6/10 au disque, critiquant vivement le flow, la voix et les textes de Gambino. À l’époque en pleine lumière grâce à son rôle dans l’excellente série Community, Donald Glover n’est pas pris au sérieux par une grande partie de la critique. Considéré comme un sous-Kanye West, il souffre également de la comparaison avec Drake, les deux hommes s’étant fait connaître par un rôle à la télévision avant de se lancer dans le rap.

Repéré par Tina Fey en 2006 alors qu’il étudiait l’écriture cinématographique à NYU, Donald Glover se retrouve très rapidement intégré dans les milieux intellectuels new-yorkais. La reine de la comédie US lui demande en effet de participer à l’écriture des épisodes de 30 Rock, une série comique très vite devenue culte de l’autre côté de l’Atlantique. Après trois saisons de scripts et d’apparitions à l’écran du côté de 30 Rock, Glover rejoint le casting de la série Community. Propulsé sur le devant de la scène, il émerveille de par ses talents comiques, son goût pour l’improvisation et son aisance face à la caméra. Son personnage de Troy Barnes, un nerd aussi attardé qu’attachant, lui offrira quelques uns de ses plus beaux moments à l’écran, comme “Donde esta la biblioteca”, ce rap en espagnol devenu incontournable pour les fans de la série.

Révélé à la télévision, Glover n’en demeure pas moins actif musicalement dès 2008, avec la sortie de sa première mixtape Sick Boi sous le nom de Childish Gambino. Un nom de scène qui lui a été donné par le célèbre générateur de noms Wu-Tang Name Generator et qui le suit jusqu’à aujourd’hui. Partageant son temps entre le tournage de Community et les studios, Donald Glover fait déjà l’étalage de son hyper-activité artistique. Il quittera la série en 2013 à l’issue de sa cinquième saison, souhaitant se concentrer sur la musique. Ce départ précipité de la production l’ayant élevé au rang de star est le premier signe d’une constante dans la carrière de Glover : Il change toujours de direction dès qu’il sent l’odeur du succès.

Alors que 30 Rock se met à réellement cartonner, il se lance dans l’aventure Community. Alors que son personnage est adulé par les fans de la série, il décide de pleinement se consacrer à la musique, malgré les très vives critiques qu’avaient suscité son premier album. Alors que Childish Gambino vient d’enregistrer son plus gros succès commercial avec l’album Awaken, My Love!, il annonce sa retraite. C’est bien là que réside la grandeur de Donald Glover. Comme tous les innovateurs, il cherche sans cesse à quitter sa zone de confort. Le succès ne semble pas être pour lui une fin en soi, son véritable but étant avant tout de créer ce qui lui tient à coeur.

Contrairement à beaucoup d’autres, Donald Glover ne s’est pas fait collé une étiquette “génie” dès son premier instant de gloire. Ses choix artistiques ont prouvé sa capacité hors-norme à évoluer et à grandir, sans jamais se renier. Cette instabilité pourrait néanmoins être vaine si elle n’existait que pour cacher un manque de profondeur dans l’oeuvre de Glover. Il suffit de se repencher sur l’univers et l’histoire contée sur Because the Internet, le deuxième album de Childish Gambino, pour se rendre compte du contraire. Conçu pour être la bande-originale d’un scénario de 72 pages (disponible gratuitement ici), Because the Internet est probablement l’album le plus abouti de la carrière de rappeur de Donald Glover. Capable de créer des tubes imparables comme “III. telegraph ave.” ou “The Worst Guys”, Gambino fait également part de ses peurs, de ses doutes et de son manque de confiance en soi.

Là où beaucoup d’artistes se noient dans un egotrip incontrôlé, Donald Glover a toujours fait part de son insécurité, à l’image de ses notes rédigées suite à son départ de Community : “J’ai peur du futur. J’ai peur que mes parents ne vivent pas assez longtemps pour voir mes enfants. J’ai peur que ma série (Atlanta) soit un échec. J’ai peur que ma copine tombe enceinte au mauvais moment. J’ai peur de ne jamais atteindre mon potentiel. (…) J’ai l’impression de laisser tomber tout le monde. J’ai peur que les gens haïssent qui je suis vraiment. J’ai peur de haïr ce que je suis vraiment. (…) Je déteste en avoir quelque chose à faire de ce que les gens pensent. J’ai peur qu’il y ait quelqu’un de meilleur pour vous et moi.” Donald Glover est torturé et vulnérable, mais il ne s’en cache pas. Au contraire, il puise l’inspiration dans ses failles.

Il suffit de visionner le court-métrage dévoilé juste avant la sortie de Because the Internet pour s’en rendre compte. Les vingt minutes de Clapping for the Wrong Reasons laissaient en effet présager l’atmosphère douce-amère d’Atlanta, où le doute et la peur du vide existentiel sont des thématiques majeures. La personnalité complexe de Donald Glover s’épanouit dans son extraordinaire capacité à inventer des personnages et des alter-ego métaphoriques. Que ce soit avec le geek Troy Barnes de Community, le caméléon Childish Gambino, le mystérieux The Boy de Because the Internet et Kauai, le paumé Earn d’Atlanta, Glover a toujours réussi à sincèrement retranscrire une partie de lui dans ses créations.

Tout juste vainqueur de deux Emmy Awards pour son rôle d’acteur et de réalisateur d’Atlanta, Donald Glover ne semble pas rassasié. Il sera prochainement à l’affiche du spin-off de la saga Star Wars centré sur Han Solo, dans lequel il interprétera un jeune Lando Calrissian. Une sorte de consécration pour un geek assumé. Alors que la saison 2 d’Atlanta devrait débarquer dans les prochains mois, qu’une mixtape de Childish Gambino et Chance The Rapper serait dans les tuyaux et que son rôle dans une adaptation 3D du Roi Lion a été confirmé, Donald Glover semble aujourd’hui inarrêtable. Comme tout les grands, sa réinvention est permanente.

La fin probable de Childish Gambino marquera assurément le début d’une énième aventure. La créativité de Donald Glover semblent en effet sans limites. Fidèle à ses valeurs et à son intuition, le natif d’Atlanta a su s’imposer comme l’artiste le plus talentueux de sa génération. Nul ne peut se targuer de disposer d’une palette artistique aussi complète que la sienne, couplée à une personnalité complexe et des choix forts parfaitement assumés. En 2011, dans le titre “Fuck it All”, Gambino rappait : “It makes me wonder what this rapping shits a hobby for, oh thats right cause I’m gifted in another field, and another field, and another field” (Ca me fait me demander à quoi sert ce hobby de rap de merde, oh c’est vrai je suis talentueux dans un autre domaine, et un autre domaine et un autre domaine)Difficile aujourd’hui de lui donner tort tant son odyssée d’explorations artistiques ne fait que commencer.

Pin It on Pinterest