À peine âgé de 21 ans, le jeune lyonnais déchaîne les foules sur les groupes spécialisés dans la sneaker. Avec ses créations parfois polémiques et drôles, parfois techniques, Lucien démontre une aisance déconcertante avec son ordinateur, mais également avec son crayon qu’il affectionne tout particulièrement.

Certains te connaissent déjà par le biais des créations que tu proposes sur les réseaux sociaux, pour les autres, présente-toi en quelques mots.

Je suis comme beaucoup un grand passionné de sneakers et de toute la culture qui entoure cet univers. À part ça, je suis temporairement designer dans un centre de recherche scientifique. L’équipe dont je fais partie fait office de passerelle entre les laboratoires et les industriels. Pour faire simple, on conçoit des démonstrateurs de nouvelles technologies développées pour séduire des investisseurs.

Temporairement donc, je suppose que tu souhaiterais idéalement utiliser tes talents à d’autres fins ?

Bien sûr ce n’est pas ce qui me passionne le plus. Le côté créatif n’est pas très présent dans ce domaine, mais ça aura eu le mérite d’être une expérience très enrichissante. L’année prochaine je vais intégrer une formation qui concerne les arts du verre, je quitte donc le design industriel pour me tourner vers l’artisanat !

Aucun lien donc entre ta formation et ta passion pour les sneakers ? Tu n’envisages pas d’en faire ton métier ?

J’ai démarré mes études de design avec cette idée en tête justement, mais au fil du temps j’ai évolué et même si ça reste ma passion, je me suis rendu compte qu’il me reste bien trop de choses à découvrir pour me limiter au monde de la sneaker. Je pense qu’un bon créatif doit s’ouvrir au maximum pour nourrir son esprit. J’espère y revenir un jour ou l’autre, mais cela dit, je travaille actuellement en parallèle sur un projet sneakers en collaboration avec une marque, qui devrait voir le jour en 2018 mais je ne peux pour l’heure rien dire de plus.

Tu partages souvent tes créations, pour la plupart réalisées sur des bases Nike, ce serait un rêve de travailler pour eux ?

J’aurais l’impression de marcher sur les pas de ceux qui m’ont inspiré. Oui ça serait en effet un sacré accomplissement pour moi !

Ils ne t’ont pour l’heure jamais approché ?
Je pense que c’est d’abord à moi de les approcher, mais j’attends pour ça d’avoir un vrai bagage, quelque chose de solide qui me démarque des autres. Des gens comme moi qui savent dessiner ou faire de la conception, il y en a à la pelle dont sûrement, certains meilleurs que moi. Je veux m’enrichir de plein de choses, de plein de savoir-faire qui me permettra de revenir vers le monde de la sneaker avec quelque chose de jamais vu qui fera dire à Nike (ou à d’autres), “celui-là il peut apporter un truc nouveau“.
Et pour parler de ceux qui y travaillent, qu’attends-tu d’eux pour ce deuxième semestre en terme de sneakers, chez Nike ou ailleurs ?
J’aimerais voir le monde de la sneaker prendre un tournant qui mettrait la question environnementale au coeur de la conception. Pas mal d’efforts ont déjà été faits : la gamme Considered chez Nike, le programme Parley chez adidas ou encore la semelle biodégradable de Brooks. Malheureusement j’ai l’impression que ça reste tout de même très anecdotique du point de vue d’un consommateur lambda. J’aimerais que cette question soit remise au coeur du débat et que les efforts soient concentrés là-dessus plutôt que sur des chaussures auto-laçantes, que je trouve crétin au possible.
Tu sembles sensible aux aspect écologiques jusque dans le milieu sneaker, tu ne juges pas hypocrite de faire fabriquer dans de mauvaises conditions de travail, avant de les faire transiter durant des heures dans des camions ou avions par exemple ?
Si bien sûr ! Je suis à fond pour le Made in France et encore plus pour que tout le monde puisse travailler décemment, c’est une des raisons pour laquelle je m’éloigne justement du milieu industriel pour me tourner vers l’artisanat. Ces questions sont pourtant plus complexes à l’échelle de grosses multinationales telles qur Nike. Les rêves de gosse sont parfois contradictoires avec nos principes et si j’étais totalement en cohérence avec moi-même, je me nourrirais que de ma propre production et je ne consommerais que les produit issus du coin. Peut-être plus tard qui sait ?
Un mode de vie auquel peu de sneakers addicts sont habitués. Tu préfères d’ailleurs créer avec des crayons plutôt qu’avec un ordinateur?
Ça dépend pour quoi, parce que certains travaux me prendraient un temps fou sans ordinateur ! Dès qu’il s’agit de dessin, là oui je ne travaille qu’à la main ! J’adore le contact avec le papier, sentir les crayons et je ne prendrais aucun plaisir à le faire à la tablette. Aujourd’hui, on a tendance à trop se reposer sur la technologie et on perd par conséquent beaucoup de nos capacités, ma génération ne sait presque plus lire de carte par exemple. Le dessin c’est quelque chose que je ne veux surtout pas perdre.
Tu as été choisi pour concevoir une Puma créée exclusivement pour le Sneakerness Paris. Comment l’as-tu imaginée et quels sont les détails dont tu es particulièrement fier ?
Nous étions plusieurs à travailler sur le projet. J’ai proposé plusieurs coloris dont un qui a été retenu et fait l’objet de quelques changements. Les détails que j’aime le plus sont la bande en damier à l’arrière, le petit Sneakerness en jaune qui relève un peu le coloris et le coté Ferrari. J’adore aussi les gumsoles et j’étais content qu’elle ait été retenue, par contre je suis tout compte fait moins fan des drapeaux croisés sur la languette. Enfin, j’avais proposé cette base noir avec les deux accents rouge à l’arrière pour évoquer une idée de vitesse, à l’image des trainées rouges que laissent les voitures dans la nuit.
 
Avec ou sans toi, comment vois-tu l’industrie sneakers dans 5, 10 ou même 15 ans?
J’ai peur de voir arriver une aire de la basket connectée. On connecte tout et n’importe quoi, une machine à laver, un frigo, une montre etc… Je crains que la basket devienne l’un de ces énièmes gadgets électroniques qui nous accompagne. J’espère toutefois continuer d’être surpris, je suis sûr que beaucoup de nouveaux concepts vont continuer d’émerger, des jeunes marques qui présentent du jamais vu, des belles idées ou démarches.
 Propos recueillis par Johan Lin pour Views. 

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