En décembre 2015, de manière assez inattendue, Booba dévoile Nero Nemesis, un album qui avec le temps pourrait se révéler comme un moment charnière dans l’histoire du rap francophone. Au-delà de sa qualité évidente, ce dernier album en date de B2O pourrait rester comme le projet qui aura révélé aux yeux de la France entière son successeur.

En effet, le morceau “Pinocchio”, qui comprend notamment la présence de Gato, a été marqué par les débuts sur le devant de la scène du dénommé Damso qui, de manière totalement surréaliste, crèvera l’écran en délivrant un couplet emplie d’une puissance folle. Métaphores gores, punchlines sexualisées à foison, flow percutant et petite signature “Damso” pour le boucler, le belge fait un sans faute. Le plan fonctionne à merveille et l’effervescence autour du rappeur est immédiate. Damso ne perd pas de temps et enchaine dès le mois de juillet 2016 avec la sortie de son premier album Batterie Faible. Bien qu’ayant été conçu comme une mixtape, le projet est, pour des raisons promotionnelles évidentes, estampillé comme un premier album. Véritable confirmation du talent de l’artiste, Batterie Faible s’offre un disque d’or et des critiques très positives. Emmené par le single “Bruxelles Vie” et le traumatisant “Amnésie”, qui a crée un immense buzz sur les réseaux sociaux, ce premier jet demeure la mise en bouche parfaite à l’univers riche de Damso.

Le 28 avril dernier, le rappeur membre du 92i dévoile Ipséité, un second album qui dans le fond est le premier, et qui permet à Damso de s’offrir de nombreux records commerciaux qui en disent long sur l’impact du belge ces derniers mois. Avec Ipséité, qui signifie “identité propre”, Dems souhaitait nous prouver son authenticité et surtout son unicité. Force est de constater qu’avec des records pleins les bras, des nouveaux fans pleins les poches et une aura très spéciale désormais développée dans le rap hexagonal, l’identité de Damso s’est accompagnée d’un grand coup de pied dans la porte du rap français. Désormais, plus aucun doute quant à sa présence parmi les poids lourds de l’industrie, et ce après seulement deux albums. Désormais, les choses sont évidentes, Damso est un phénomène incroyable du rap francophone qui n’a pour égal d’ascension ces 24 derniers mois que PNL, dans un style très différent. Cette montée en puissance commerciale et médiatique est validée par un contenu à la hauteur aussi bien dans le fond que la forme. Ce projet, c’est celui qui propulse Damso dans la cours des (très) grands et valide de ce fait sa légitimité en tant que nouveau visage du rap francophone.Après deux albums, la tendance est maintenant dessinée : le succès de Damso repose sur des critères qui peuvent faire penser à Booba, tout en prouvant qu’il n’est pas un simple rejeton du D.U.C. Ce qu’il a pris à Booba, il n’hésite pas à le recracher avec un degré supplémentaire dans l’extrême tout en réussissant à s’offrir une image qui ne s’en trouve pas écorchée. Son éclectisme musical est — à l’image de Booba — une très grande force, comme le montrent ses deux projets, marqués par des morceaux radicalement différents. Il y a par exemple le traditionnel banger, style qui semble être devenu le favori du Belge où il peut faire valoir ses punchlines souvent sales et parfois choquantes ainsi que ses flows oscillant entre dynamisme et agressivité. Arrivent ensuite les morceaux axés sur le storytelling, qu’il maîtrise comme une science, dans lesquels Damso prend un malin plaisir à surprendre l’auditeur avec une chute inattendue et en distillant de nombreux détails et ambiances. Bien que ses morceaux perdent de leur impact après la première écoute, comme le morceau de clôture d’Ipséité, ils demeurent un témoin de sa polyvalence. Enfin, il y a aussi les morceaux plus axés sur le chant et sur une certaine romance, le tout sur une production légère, qu’est capable d’entreprendre Damso. Ce style nous a offert le tube “Macarena” qui traduit totalement cette palette de l’artiste. Sans tomber dans la pop urbaine, ce type de morceau ressemble fortement à un hybride entre rap et R&B avec lequel il qui risque bien de s’offrir de nombreux single de platine.

L’éclectisme a été le talent premier qui a permis à Booba d’évoluer à travers le temps et de ne jamais être dépassé par son époque, au contraire de beaucoup de rappeurs français qui n’ont jamais sur renouveler leur palette. À la manière du rappeur du 92, Damso joui lui aussi d’une personnalité et d’un charisme indéniable qui lui a permis, en cumulé à sa musique, de se construire une énorme fanbase en très peu de temps. Si Damso a rapidement sur conquérir des fans de Booba, le belge a aussi su atteindre des fans que Booba n’avait jamais réussi à conquérir. Avec souvent plus de maturité dans l’écriture et un style moins étiquetté gangsta rap, Damso a pu séduire auprès des fans à Booba, mais aussi de PNL ou encore de Nekfeu grâce à une véritable capacité de variation dans la forme, bien que l’on retrouve souvent les mêmes thématiques dans le fond.Le succès de Damso passe aussi par une présence médiatique et sur les réseaux sociaux impeccable. Entre des expressions et gimmicks popularisées, une excellente gestion de son image, et un quasi culte de la personnalité auprès de nombreux fans qui ne jurent que par lui, difficile de ne pas y voir un parallèle avec les — parfois tristement — célèbres “ratpis” de Booba. À la manière du rappeur qui l’a lancé, le succès de Damso ne se résume pas qu’à son talent d’artiste. Jusqu’ici, il réussi brillamment à garder son nom dans l’actualité et à générer énormément d’attention.

Récemment, à la suite des différents leaks qu’il a subi (ou souhaité subir) Damso a réussi à générer une nouvelle forme d’attention via Twitter. Le leak de son album Ipséité a réussi à cultiver ce désir chez ses fans, mais surtout chez les fans de rap dans la globalité, dont aucun ne reste insensible à la sortie prématurée. Lorsque l’on compare la médiatisation de Damso à d’autres rappeurs ayant sorti un projet récemment, à l’image de SCH, on constate une chose évidente : cette déferlante médiatique suite aux leaks a en partie permis au Belge de rester dans l’actualité et la lumière, et a fait de la sortie de ses titres des évènements alors que Deo Favente — malgré tout le bien que l’on en pense — semble déjà faire partie du passé. Quelques semaines plus tard, c’est à travers le leak de TieksVie que le nom de Damso se retrouve à nouveau au sommet des tendances du l’oiseau bleu. Volontaire ou pas, chaque fuite a le même effet : mettre le nom de Damso sur toutes les lèvres.

Damso, ce n’est pas seulement un rappeur complet, une personnalité intrigante et une image de marque polie, c’est aussi une capacité à vendre sa musique et de faire de son rap l’une des choses les plus désirée des auditeurs francophones. Après deux albums, c’est au sommet d’un rap francophone qui a longtemps peiné à se renouveler que siège maintenant Damso. Désormais, seule la durabilité pourra confirmer si Damso a les épaules pour assumer la succession de Booba ou non, mais il réussi jusqu’ici une prouesse totale qui légitime les comparaisons avec son illustre contemporain. Appliquant les méthodes du D.U.C. dans des formes différentes et souvent remaniées, affichant autant de “street-cred” et de sens musical, le plus dur reste à faire avec une installation dans le temps que beaucoup d’immenses espoirs n’ont pu assumer.

Et alors que sur “92i Veyron” Booba rappait entre moquerie et constatation “J’ai couronne sur la tête, pourtant c’est le voisin qui a eu la fève“, cette fameuse couronne pourrait bien siéger sur la tête de son ancien protégé pour de nombreuses années. Et si Damso finit par récolter la fève, pas sûr qu’il laisse à B2O le plaisir de garder la couronne.

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