DAMN. est le quatrième album du rappeur californien et fait suite aux excellents Section.80 ; Good Kid, M.A.A.D City et To Pimp A Butterfly. Son dernier opus a rencontré un succès flamboyant, et a même été certifié Disque de Platine en seulement 3 semaines. Mais ce quatrième album de K.Dot est bien plus qu’un simple projet.

Tout d’abord, il est important de noter que c’est pour l’artiste de Compton l’album de tous les records. Il réalise en effet le meilleur démarrage de l’année 2017 et le meilleur démarrage de sa carrière, totalisant plus de 605 000 copies vendues en premières semaines (dont 353 000 physiques), alors qu’on lui prédisait, au mieux, 450 000 ventes. Chacun des 14 morceaux qui composent l’album s’est placé dans le top 100 de Billboard et, plus impressionnant encore, DAMN. totalise en première semaine plus de 340 millions streams. Le démarrage commercial est donc impressionnant, tout comme l’est le succès critique remporté par l’album : la moyenne des notes attribuées par la critique spécialisée donne à DAMN.  une moyenne de 95 points sur 100 !

Deux albums en un

La raison de cette réussite artistique ? Un album complet et profond dont l’interprétation peut varier du tout au tout. Et les nombreuses théories prédisant un second album de Kendrick quelques jours seulement après la sortie de DAMN. illustrent l’ambition que l’on prête à Kung Fu Kenny quand il s’agit de sa musique. Même si elles se sont avérées fausses, elles avaient leur part de vérité. DAMN. était à lui seul un double album. En effet, à la fin du morceau DUCKWORTH. qui ferme l’album, le son de l’album en train de se rembobiner à la manière d’une cassette vidéo est un signal, comme un nouveau départ. Si l’on écoute l’album du premier titre BLOOD. jusqu’à DUCKWORTH.DAMN. est alors l’histoire de Kendrick surpassant ses vices et tentant d’en faire de même avec sa faiblesse.

À l’inverse, si l’on écoute l’album de DUCKWORTH. à BLOOD., il est dès lors l’histoire d’un homme faible qui sombre dans le vice. Au milieu de l’album, toujours, le titre HUMBLE. qui est véritablement le point de bascule de DAMN. Deux façons d’écouter l’album, qui racontent deux histoires différentes : la première, dans l’ordre, est l’histoire d’un homme qui a fait tous les efforts nécessaires et survécu aux vices, se balançant entre le Bien et le Mal, à l’image de la vie de Kendrick, quand l’écoute se fait dans l’autre sens, DAMN. raconte une toute autre histoire. Celle de la tournure qu’aurait pu prendre la vie de Kendrick si Top Dawg avait tué son père. L’album débute et se termine d’ailleurs de la même façon, avec le marqueur temporel que sont les rembobinages.

Quand l’album est joué de “DUCKWORTH.” à “BLOOD.”, l’amour de Kendrick devient de la luxure, son humilité une fierté malsaine, sa loyauté disparaît, et il finit par tuer la femme aveugle symbolisant la Justice. Deux albums en un.

“Soumettez-vous donc à Dieu; résistez au diable, et il fuira loin de vous”

Tiré de la Bible, c’est l’enseignement qui est au coeur de HUMBLE., titre qui est lui même central dans DAMN. En anglais, cela donne “So humble yourselves before God. Resist the devil, and he will flee from you.” et ce serait ce verset de la Bible qui aurait inspiré à Kendrick Lamar ce titre, qui est le point de bascule de l’album. C’est un message qui résonne au travers du projet, tout en étant central, on peut affirmer que c’est la phrase clé de DAMN. À l’image d’un ballon de basket tournant sur un doigt, qui nécessite un tout petit endroit pour garder l’équilibre et supporter l’ensemble, DAMN. repose tout entier sur “HUMBLE.” qui lui repose à son tour sur ce message. Et comme pour chaque point d’équilibre, on peut ensuite tomber du bon ou du mauvais côté, à l’image des deux évolutions radicales présentes dans cet album selon l’ordre dans lequel on l’écoute.

C’est l’album de la dichotomie, de l’opposition permanente entre le réel et le spirituel, le bien et le mal, la vie et la mort, le vice et la vertu. Un enseignement qui se veut spirituel, sans pour autant revêtir la même forme lyricale parfois pesante qui occupait une grande partie de To Pimp A Butterfly, et qui tire ses inspirations du récit de vie que propose Kendrick. Cette opposition se ressent tout particulièrement lorsque l’album est pris pour ce qu’il est, un double album, un album multiple qui bascule d’un track à l’autre d’un côté nouveau de la ligne, forçant le kid de Compton à s’accrocher plus durement encore à ses croyances, ses aspirations et aux leçons que la vie lui a apporté.

 

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