Bien qu’extrêmement long, ce débat à onze ne fut pas dénué d’intérêt.

Une neutralisation quasi-générale chez les “gros”

Alors que Jean-Luc Mélenchon a une fois de plus été jugé le plus convaincant par les téléspectateurs (25%) selon un sondage Elabe pour BFM TV, les cinq principaux candidats se sont globalement neutralisés hier soir. Beaucoup de discrétion chez Fillon, Macron et Hamon, mais aussi du côté d’une Marine Le Pen plus en retrait que lors du premier débat. L’ancien premier ministre du gouvernement Sarkozy a tenté d’adopter une stature présidentielle grave, tandis qu’Hamon et Macron se sont contentés d’exposer des synthèses plus ou moins réussies de leurs programmes respectifs.

Jean-Luc Mélenchon a profité de cette apathie générale pour attaquer François Fillon, son nouveau rival dans les sondages. Il a également très habilement remis Marine Le Pen à sa place sur la question de la laïcité. Difficile de sortir un véritable vainqueur de ce premier débat à onze, ce format inédit n’aidant pas à la clarté. Les lignes ne devraient dès lors pas réellement bouger chez les favoris après ce second exercice.

Le show Poutou

Le candidat du NPA a frappé fort hier soir. Sur l’offensive lors de chaque prise de parole, Philippe Poutou a violemment remis en cause l’exemplarité de Le Pen et Fillon. Après avoir refusé de participer à la photo de groupe d’avant débat, Poutou attaque frontalement les deux candidats lors de son avant-propos en début de débat. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’est montré efficace. Il a envoyé François Fillon dans les cordes à plusieurs reprises, notamment sur le thème de la dette publique : “Fillon se dit préoccupé par la dette, mais il y pense moins quand il se sert dans les caisses publiques. Quand il paye sa famille”. 

Alternant les crochets entre les deux candidats mis en examen, Poutou a signé la plus belle punchline de l’émission lorsqu’il déclara à Marine Le Pen : ” Nous, quand on est convoqués par la police, on n’a pas d’immunité ouvrière, on y va !”. Pas sûr que Poutou ait gagné des voix, mais il aura néanmoins marqué ce second débat par sa franchise et sa témérité.

L’ovni Jean Lassalle

On l’attendait, il n’a pas déçu. Le député des Pyrénées-Atlantique fut le candidat le plus recherché sur Google lors de ce débat. Excentrique et décalé au possible, celui qui se qualifie d’emblée de “fils de berger, frère de berger, et moi même berger” a régalé les téléspectateurs d’interventions souvent lunaires, renforcées par sa gouaille et son accent. Il est quasiment impossible de dégager des mesures concrètes du programme du candidat de la ruralité. Lassalle est passé du coq à l’âne toute la soirée, citant De Gaulle avant d’interpeller Ruth Elkrief et Laurence Ferrari sur la situation des personnes âgées en maison de retraite médicalisée. Difficile d’y voir clair mais grand moment de télévision pour l’homme qui a enflammé les réseaux sociaux.


Les ennemis c’est la finance et l’Europe

Emmanuel Macron a du se sentir bien seul. Entouré d’eurosceptiques, le candidat d’En Marche! a été l’un des seul candidats à défendre le projet d’une Europe forte. Marine Le Pen, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou et Jean-Luc Mélenchon ont tous émis des réserves plus ou moins prononcées sur l’Union Européenne, avançant la lutte contre le capitalisme d’un côté, et la souveraineté nationale de l’autre. La question de la place de la France dans l’U.E nous a fait assister à une belle passe d’arme entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, ce dernier refusant de voir les erreurs du passé être commises à nouveau.

Pour de nombreux candidats, les trotskistes Arthaud et Poutou en tête, le monde financier est l’ennemi à abattre. Chacun y est allé de sa proposition pour mettre un terme à la domination des banques et des grandes multinationales sur les états, avec plus ou moins de fantaisie selon les candidats, Cheminade et Asselineau flirtant par moment avec la théorie du complot. La principale passe d’arme sur l’Europe et la finance aura opposée NDA à François Fillon, le candidat de Debout la France reprochant à celui des Républicains d’avoir ignoré l’avis des français lors du réferendum de 2005 sur l’U.E. Une chose est sûre, l’Europe divise plus que jamais.

L’absence de thématiques cruciales

Que fait-on de l’écologie, de la culture, de l’éducation, du logement ou encore du handicap ? Certes, personne ne souhaitait prolonger ce débat de quatre heures. Il est néanmoins regrettable que des sujets de société comme ceux que nous venons de citer plus haut soient passés sous silence. À l’exception de l’écologie et du développement durable, les autres thématiques citées n’ont encore jamais été abordées lors d’un débat télévisé.

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