Vous connaissez certainement son nom depuis la sortie de la playlist de Drake « More Life ». La jeune britannique y a remplacé Jennifer Lopez sur le morceau « Get It Together », l’un des meilleurs tracks pop de l’album. À seulement 19 ans, Jorja Smith est calibrée pour devenir la prochaine grande star de la pop mondiale.

Un lancement réussi

Elle n’a pour l’heure que quelques singles et un court EP à sa discographie, ainsi que de rares featurings. La chanteuse, qui a grandi à Walsall, petite ville dans la banlieue de Birmingham, au centre de l’Angleterre, écrit et chante depuis son plus jeune âge. Elle a sorti l’an dernier son premier single Blue Lights, un morceau magnifique dans lequel elle chante les différentes trajectoires que la vie d’un homme noir aurait pu prendre, dans un morceau qui questionne la culpabilité et la peur de la police même lorsqu’il n’a rien fait de mal. Posté sur son Soundcloud, Blue Lights a été dévoilé en avant-première sur Pigeons & Planes le 19 janvier 2016, et partagé dès le lendemain par des artistes tels que Stormzy ou Skrillex puis repris par Drake dans son OVO Sound Radio sur la radio Beats1. En bref, sa sortie fut, pour le premier single d’une artiste jusqu’alors complètement inconnue, un véritable évènement.

Malgré ce succès fulgurant, Jorja Smith ne sort pas de nulle part. Née d’une mère bijoutière et d’un père chanteur de soul, elle écrit ses premiers textes dès l’âge de 8 ans (son premier morceau, intitulé Life Is A Path Worth Taking (La vie est un chemin qui mérite d’être pris) et baigne dans la musique. Dans sa famille, il y a presque toujours un album qui tourne dans le salon, et toujours du reggae lorsque sa mère prépare le repas. Élevée dans des sons de reggae, de rock et de soul, et alors qu’elle n’a pas encore accès à des studios d’enregistrement, Jorja parcours Soundcloud de long en large jusqu’à ce qu’une production l’inspire, et la voilà face à sa page blanche à écrire ses vers et tout ce qui lui vient en tête. Elle a attendu d’avoir des dizaines de morceaux enregistrés et mis de côté avant de partager son single Blue Lights qui a eu l’effet d’un tremplin. De ses inspirations, on ne sait pas grand chose sinon qu’elle aime beaucoup Dizzee Rascal — dont elle a samplé le morceau Sirens pour le beat de son premier single — et que, comme toute adolescente ayant grandi dans les années 2010, elle a également puisé dans son feed Tumblr, où les histoires d’anonymes sont monnaie courante et dans les films qu’elle regarde.

Car Jorja Smith n’aime pas parler d’elle. Ce qui l’intéresse, ce sont les histoires des gens, des histoires vraies et fortes, ainsi que le message que ces histoires véhiculent. Et ce qui l’a amené au chant peut nous faire penser, de loin, à l’histoire de Mylene Cruz, l’héroïne de la série The Get Down, car c’est son père qui, en l’entendant chanter Douce nuit à l’église, a senti le potentiel de sa fille et l’a encouragée sur cette voie. Dès lors, elle apprend le piano et obtient une bourse d’étude en musique, tout en prenant durant son adolescence des cours de chanson classique.

Jorja Smith à 14 ans, dans une cover de Alex Clare – Too Close (cliquer ici pour une autre cover)

Une image et un son taillés pour le succès 

En seulement quelques mois, Jorja Smith s’est imposée comme l’une des étoiles montantes de la pop, versant dans un R’n’B soul dont on ne se lasse pas, tant sa voix et ses choix artistiques font figure de formule magique de la belle musique et du succès qui l’accompagne logiquement. Après l’engouement suscité par Blue Lights, la néo-londonienne (elle y a emménagé il y a à peine deux ans) a su savamment choisir les ingrédients pour continuer sur la lancée du premier single. Cela passera d’abord par un featuring avec le trop méconnu Maverick Sabre, sur le titre A Prince, puis avec la sortie de son second single Where Did I Go. À travers ces morceaux, l’artiste se révèle et confirme le talent déjà largement ressenti sur son premier titre dans des sonorités oscillant toujours entre la soul et le R’n’B. Elle y dépose ses paroles, et ses mots paraissent comme en équilibre sur les productions, subtilement déposés et disposés. Après cela, plus de titres solos mais une apparition dans le morceau People de Cadenza, qu’elle a co-écrit avec Damian Marley.

Puis, le 16 novembre, Jorja Smith revient avec un EP intitulé Project 11, (très) court projet de 5 titres dont un interlude, dans lequel la britannique semble vouloir revenir plus au coeur de sa musique, apportant son approche soul à la pop musique. Une nouvelle fois, un featuring avec Maverick Sabre et d’autres très belles chansons à l’image de Something in the way qui ouvre cet EP, donnant au final un ensemble plus qu’une addition de tubes qui en dit long sur la démarche artistique de la chanteuse. Puis, le 18 mars, elle apparaît deux fois dans la “playlist” de Drake More Life avec un interlude qui lui est dédié (Jorja’s interlude) et un featuring avec l’artiste pop le plus apprécié de ces dernières années sur Get It Together, un pur hit aux rythmiques envoutantes et un duo qui fonctionne à merveille, inscrivant sans doute dans le marbre la nouvelle étape de la fulgurante ascension de Jorja Smith.

Un charisme et une présence hors du commun

Tout le monde le sait, il n’est aujourd’hui plus suffisant pour un artiste à succès de simplement faire de la très bonne musique. Avec le développement et l’omniprésence des réseaux sociaux dans la vie de chacun, chaque artiste doit aujourd’hui pouvoir se raconter et établir un certain storytelling autour de sa personne, construisant une image qui doit susciter l’envie et l’admiration de centaines de milliers de personnes à travers Instagram, Twitter ou encore Facebook. Plus encore, les clips se sont professionnalisés, devenant bien souvent de vrais courts-métrages, et l’univers d’un artiste se construit à travers tout ses supports et non plus seulement à travers sa musique. Tant mieux pour Jorja Smith, elle excelle dans tous ces domaines.

Sa notoriété n’est pourtant pas encore exceptionnelle, elle qui totalise à l’heure actuelle environ 200 000 abonnés sur les différentes plateformes, mais elle sait manier son image et donner de sa personne à ses fans, utilisant les directs et stories d’Instagram comme les tweets pour interagir avec ces derniers. Mais la jeune femme sait se mettre en scène, elle qui poste des selfies likés des dizaines de milliers de fois (Drake est toujours le premier à ce petit jeu), notamment pour son style caractéristique, n’hésitant pas non plus à se raser les cheveux alors qu’elle portait jusqu’ici de longues dreadlocks, comme pour être encore un peu plus singulière? Elle se permet également de tourner le clip de Where Did I Go elle même, dans la maison de sa tante à Londres, qui a été vu près de 3 millions de fois sur YouTube. La preuve sans doute que cette authenticité que la britannique recherche dans sa musique et son image trouve un écho dans la musique et l’univers dans lequel la jeunesse souhaite se fondre. Lorsqu’elle est sur scène ou dans l’un de ses rares interview, on observe une certaine timidité chez cette fille, touchante mais sûre d’elle et de son art. En une année à peine, Jorja Smith aura donc sorti un EP, des singles très réussis tout en tapant dans l’oeil de Drake au point que la canadien, séduit par la talent de la chanteuse, lui a offert non pas un mais deux tracks dans son dernier album. Une trajectoire fulgurante qui ne devrait pas s’arrêter là.

Sa dernière démonstration de force est sans doute Beautiful Little Fools, une musique et une vidéo sorties quelques jours seulement avant son apparition sur More Life, à l’occasion de la journée mondiale de la femme. Dans ce clip, c’est tout l’univers de Jorja Smith qui est réuni. Un message, à travers les trois femmes de différentes classes sociales qu’elle incarne à tour de rôle, toutes touchées par la même problématique, une musique sublime et touchante, une image lisse, belle et mystérieuse de la chanteuse, bref, un petit chef d’oeuvre pour l’artiste qui aura seulement 20 ans en juin prochain.

L’héroïne d’une jeune anglaise passionnée de musique et de chant, particulièrement de soul et de reggae ne peut évidemment avoir qu’un seul nom, celui d’Amy Winehouse. Et c’est aujourd’hui Jorja Smith qui compte, avec sa voix profonde et son charisme naturel, teinté de timidité, devenir l’icône de la pop britannique. Avant de conquérir le monde ?

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