En 2006-2007, le Paris Saint-Germain vit l’une des pires saisons de son histoire. Sur et en dehors des terrains.

“Mauvaise foi nocturne” de Fatal Bazooka et “Ta Meuf” de Faf Larage se bagarrent en tête des charts, tandis que la Tecktonik commence à débarquer dans l’hexagone. La mode est à la crête et aux vans, assorti d’une petite ceinture Dolce & Gabbana. Jacques Chirac est toujours à la tête du pays et Ratatouille va bientôt dominer le box-office mondial.

Côté foot, l’Italie vient d’être sacrée championne du monde mais la Juventus évolue en Serie B suite à l’affaire du Calciopoli. Barcelone est champion d’Europe, alors que Julien Faubert marque dès sa première sélection avec les Bleus, maillot 10 sur les épaules. Bein Sports n’existe pas, le championnat de France s’appelle encore Ligue 1 Orange et Lyon poursuit son règne impérial. L’armada lyonnaise sera sacrée pour la septième fois consécutive à la fin de la saison, finissant avec 19 points d’avance sur leur dauphin Marseille, un record.

Cette saison 2006-2007 restera dans les mémoires comme celle de l’apogée de la domination lyonnaise, mais aussi comme celle où le PSG a entamé sa descente aux enfers. Le 19 mars 2007, Paris pointe à la 19ème place du classement de Ligue 1. Quelques mois auparavant, Julien Quemener, ultra parisien, a été abattu par un policier en marge d’une rencontre de Coupe UEFA. Retour sur les premières heures très sombres du Paris Saint-Germain.La crise sans fin

Le PSG commence sa saison avec Guy Lacombe sur le banc. L’ancien coach de Sochaux, beaucoup moins bien en loti en terme de connaissance tactique qu’en terme de moustache, hérite d’un effectif globalement bon sur le plan des qualités individuelles. Paris a enregistré les arrivées de Mickaël Landreau et Pierre-Alain Frau (PAF pour les intimes) durant l’été, le légendaire Pedro Miguel Pauleta finira meilleur buteur de la saison (15 buts) et Jérome Rothen délivrera quelques caviars. Les jeunes prometteurs du club, Clément Chantôme et Mamadou Sakho, grandiront, encadrés par des titulaires expérimentés à l’image d’Edouard Cissé, Sylvain Armand ou encore Mario Yepes. Mais cette saison 2006-2007 sera une véritable galère, marquée par l’incompétence et les choix désastreux de la nouvelle direction parisienne : Colony Capital.

Le fond d’investissement américain rachète Paris en juin 2006 et les problèmes débutent dès septembre avec la gestion de l’épineux cas Vikash Dhorasoo. En conflit ouvert avec Lacombe, les deux hommes ayant des personnalités diamétralement opposées, l’international français qui n’a pas disputé une seconde du Mondial 2006 est envoyé quatre fois en CFA par son coach. L’aventure parisienne de Dhorasoo prendra fin le 11 octobre 2006, sur décision d’Alain Cayzac, le président de l’époque. Ce dernier n’avait pas apprécié que l’international français critique publiquement les choix de son entraîneur.

À la mi-novembre, Paris bat un triste record en réalisant le plus mauvais début de saison de l’histoire du club avec seulement 16 points glanés en 14 journées. Et le pire reste à venir. Le 23 novembre, le PSG reçoit l’Hapoël Tel Aviv. Le Parc des Princes assiste à la pathétique défaite de ses protégés sur le score de 2-4. Les tribunes s’embrasent pour réclamer la démission de Lacombe.

Des incidents violents se déroulent dans les rues du 16ème arrondissement après le coup de sifflet final. Julien Quemener, ultra de la tribune Boulogne sera abattu d’une balle par un policier dans des circonstances qui demeurent troubles. La tempête médiatique qui déferle sur le club de la capitale est terrible. La tribune Boulogne est fermée jusqu’à nouvel ordre, la réception de Toulouse au Parc est ensuite annulée.

Paris finit la phase aller du championnat à la 16ème place. Le club et les pouvoirs publics gèrent au plus mal la colère des supporters. La situation est intenable. Indigents dans leur prestation, les joueurs du PSG craquent sous la pression à l’image de Bernard Mendy qui adressera un bras d’honneur en direction des tribunes en réponse aux sifflets dont il fait l’objet.

Toucher le fond mais s’en sortir

Le vétéran argentin Marcelo Gallardo débarque au mercato hivernal afin de donner un peu d’âme à une équipe qui en manque cruellement. Peguy Luyindula arrivera lui dans les dernières heures de janvier, afin de soulager Pauleta en attaque. Paris débute sa deuxième partie de saison par une défaite à domicile face à Valenciennes, la cinquième défaite de la saison au Parc. La gestion du club est toujours aussi chaotique, à tel point que Yannick Noah est évoqué pour devenir coach mental de l’équipe.

Alain Cayzac se sépare finalement de Lacombe à la mi-janvier pour engager Paul Le Guen, ancien joueur emblématique du PSG et triple champion de France sur le banc de l’OL. Le breton montrera très vite ses limites et Paris continue de sombrer au classement. Zéro projet de jeu, des faillites psychologiques inquiétantes et voilà que Paris se retrouve relégable le 3 mars au soir après une défaite à Sedan. Les confrontations face à Auxerre puis Rennes se soldent elles aussi par des défaites et Paris se retrouve 19ème de Ligue, à un petit point de la lanterne rouge sedanaise, il y a pile dix ans.

Les parisiens remonteront ensuite la pente pour terminer la saison à une bien triste 15ème place. Eliminés en quart de finale de la Coupe de France et en huitième de finale de la Coupe UEFA, les parisiens auront vécu une saison galère sur le plan domestique. Un beau préambule au sauvetage in extremis l’année suivante, grâce à un doublé d’Amara Diané devenu mythique.

L’exercice 2006-2007 marquera également le début des graves incidents qui aboutiront sur la mort d’un supporter de la tribune Boulogne en 2010, battu à mort par des abonnés d’Auteuil. Un événement tragique de plus, qui aboutira sur la mise en place du fameux plan Leproux.

Au fond du trou sur le terrain et en coulisse il y a 10 ans, Paris a bien changé. Malgré tout, le club et ses supporters ne pourront jamais oublier ces moments sombres de l’histoire.

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