Lord Esperanza a sorti aujourd’hui son EP « Drapeau noir ». Un projet qui confirme à la fois son talent et son statut d’espoir du rap français.

C’est à travers un EP de 9 titres, fruit de la collaboration entre Lord Esperanza et le producteur Majeur Mineur, que le jeune rappeur parisien a choisi de nous faire découvrir d’un peu plus près son univers. Un son bipolaire et touchant, parfois calme et profond, parfois agressif et perturbant sur des productions puissantes.  Le tout forme un ensemble éclectique mais cohérent qui illustre la double-vie du Lord : c’est un succès musical et lyrical.

Cover de “Drapeau Noir”, par Lord Esperanza et Majeur Mineur

Le duo qu’il forme avec Majeur Mineur est sans aucun doute la clé pour comprendre la réussite qu’est “Drapeau Noir”. Il nous explique que la rencontre avec le producteur s’est faite assez simplement, par un réseau commun :

“On ne s’est pas rendu compte tout de suite que c’était un coup de foudre amical  mais c’est venu et on a appris à se connaître progressivement. Au début, on a tout de suite décidé de faire un projet mais le projet était plutôt trap. Majeur-Mineur m’a amené dans son univers, il m’a permis de développer ma musicalité, là par exemple je prends des cours de chant…” Maintenant, il faudra qu’on se le dise, ce sera en bonne partie Lord Esperanza et Majeur Mineur — qui, plus encore qu’un producteur, est presque un directeur artistique pour le rappeur parisien.

Il y a une structure simple mais risquée dans cet album : l’enchaînement d’un track où l’artiste se dévoile à travers ses faiblesses, ses peurs et ses rêves avec à chaque fois à sa suite un track egotrippique dans lequel il attaque, en se vantant de séduire des top models ou en vilipendant l’impunité des puissants. À l’écoute, cet enchaînement qui sur la papier paraît impossible à réaliser de façon équilibrée est une réussite, un ascenseur émotionnel constant qui nous transporte d’un morceau à l’autre, de nos faiblesses et nos amours à nos colères et nos déceptions. Cet EP, “c’est la tentative d’un jeune qui tente de se trouver et qui par définition se retrouve parfois bloqué entre plusieurs formes de personnalités.” nous explique le Lord, qui ajoute que cet enchaînement s’est construit de lui-même car “il [les] caractérise. C’est notre volonté, toucher à tout, essayer d’être capables de tout faire et faire passer l’auditeur à travers plusieurs phases.”

Tout de suite, Esperanza confie son envie de réussir, de bâtir son empire mais en y apportant ses valeurs, sans oublier tout ce qu’il a perdu et les repères qu’il n’a plus, en posant son timbre de voix si particulier sur la production à base de piano et de flûte dans Origine, qui ouvre cet EP. Sur une instrumentale planante, avec des sonorités que certains amateurs de techno ne renieraient pas, il déclare qu’après avoir grandis dans l’obscurité, il pense n’avoir plus que 7 ans à vivre et s’éteindre à l’âge des plus célèbres rock-star : une ambition violente, comme pour justifier la tendresse extrême dont il fait montre dans Origine et dans Aujourd’hui encore, les deux morceaux entourant Emily — du nom d’Emily Ratajkowski, la modèle suivie pour ses courbes sur Instagram par plus de 7 millions de personnes, lui qui est « Dans cette shit, comme dans Emily Ratajko-skurt ». Même chose avec le magnifique “Drapeau noir”, morceau éponyme de l’EP, véritable bijou auditif au refrain planant dont aucun mot ne déborde, sur une production magnifique à laquelle le court riff de guitare donne une toute dimension presque surnaturelle.

Lord Esperanza (habillé par Kemikal Koncept)

Ses inspirations pour proposer autant de densité et de différences dans ses textes ? Tout simplement sa vie. Il nous explique que durant toute la production de cet album, il a vécu des trucs difficiles, de la déception amoureuse à des trahisons amicales, faisant de cet EP un projet presque thérapeutique qui nous emmène à travers des épisodes qu’il avait besoin de retranscrire dans sa musique. Sinon, il s’inspire également des films qu’il regarde, mais aussi de l’architecture, comme les créations d’Oscar Nimeyer ou de Frank Gehry. “L’insolence des élus, ça m’est venu en observant l’avidité de l’homme, dans l’architecture à travers les grattes-ciels.” ajoute-t-il sur ce qui est l’un des gros bangers de cet EP, tout en violence et en colère contre le système. Des inspirations diverses qui forment avec l’ensemble de Drapeau Noir un petit bijou du rap français et assurément l’un des EP de l’année 2017.

Paradoxalement, c’est l’interlude de l’EP qui exprime le mieux de quoi cet album est fait, condensant tous les paradoxes de Lord Esperanza, tout le talent de Majeur Mineur : si le flow est agressif, suivant donc la gimmick, la prod est au centre de l’ensemble du projet : des basses lourdes dans un premier temps auxquelles succède un piano mélodique et nostalgique, suivi à son tour d’une mélodie jouée par des cloches et des percussions puissantes, assourdissantes, qui nous font presque oublier le moment de faiblesse que laissait apparaître la partie qui a précédé.

Le nom de “Drapeau noir” lui est d’ailleurs venu lors d’une représentation de Roméo et Juliette à la Comédie Française, quand l’un des personnages a déclaré « et nos ébats seront gravés sur les drapeaux noirs de la mort ». Un EP à la conquête de soi-même, parfois intime et parfois virulent, en forme de rébellion contre le nouveau monde et d’affirmation pour l’homme qu’il devient. Ce projet, c’est leur univers et “une tentative, une volonté d’apporter un peu de ce qu’on est et surtout d’essayer de toucher autrui.” C’est réussi.

Vous pouvez écouter Drapeau noir ci-dessous et l’acheter en cliquant ici. 

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