La campagne présidentielle française est en train de confirmer une tendance de fond : La critique du système médiatique est l’un des sujets favoris des candidats et les dérives inquiétantes se font de plus en plus nombreuses.

« Casse toi » : Cette injection prononcée par l’un des membres du service d’ordre du Front National à l’attention d’une journaliste du Petit Journal résume parfaitement la posture publique de la sphère politique à l’encontre des professionnels des médias. Refoulée à l’entrée d’un meeting de Marine Le Pen dans le Jura malgré leur accréditation officielle, l’équipe du Petit Journal s’ajoute à la longue liste des dérapages récents.

Il y a quelques semaines, c’était l’équipe du Quotidien de Yann Barthès qui était violemment éjectée du Salon des Entrepreneurs après avoir posé une question à Marine Le Pen. Le problème est que l’hostilité envers les professionnels de la presse se démocratise et que le sempiternel refrain « médias bobo parisien de gauche » évolue désormais selon les bords politiques. Les candidats l’adaptent aux désirs d’un public partisan, toujours plus méfiant à l’heure d’aborder le travail des journalistes français.

Tous touchés

Thématique récurrente du mouvement populiste qu’est le Front National, l’idée voulant que les médias soient nuisibles à la vie politique est en train de faire son trou dans le discours général de cette élection. Il n’y a qu’à voir les derniers meetings de François Fillon, où le candidat et ses soutiens ont pris un malin plaisir à faire huer la presse afin de chauffer à blanc les militants. On se souviendra également de l’hallucinante séquence de Quotidien au cours de laquelle un militant soutenant François Fillon compara la couverture médiatique du Pénélope Gate aux camps de concentration d’Auschwitz.

Sans commentaire

Ce week-end à Toulon, ce fut au tour d’Emmanuel Macron d’en remettre une couche sur les détenteurs d’une carte de presse : « Vous allez voir, dès demain, les journalistes vont se demander si c’est un meeting de droite ou de gauche. Il y en a qui diront que c’est flou, d’autres qu’il y a un loup… Mais ils s’habitueront! On va continuer ». Une saillie assez étonnante de la part d’un candidat dont on ne compte plus les apparitions en couverture de Paris Match.

En novembre dernier, c’était Jean-Luc Mélenchon qui tirait à boulets rouges sur le quotidien Le Monde sur son blog : « Les pauvres rubricards restent accrochés à leur sujet comme les moules à leur rocher, parfois de si longues années. On lit leur ennui. Leurs lignes sont souvent confites aux vieux pots des mêmes et invariables préjugés. Le manque d’intérêt (à la longue) pour le sujet s’ajoute à une paresse intellectuelle qui est au journalisme l’équivalent des libidos en berne. Les vieilles fiches mille fois resservies leur tombent des mains et les lignes qui s’en suivent nous tombent des yeux ». La prose a beau être de qualité, le fond reste gênant.

L’exemple Trump

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump va encore plus loin. Le président des Etats-Unis s’est engagé dans une véritable guerre ouverte contre les médias américains. Ses nouveaux termes favoris sont « fake news » et « failing media », qu’il applique à la quasi totalité des institutions médiatiques américaines à l’exception de Fox News. Sa conférence de presse surréaliste de la semaine dernière, tout comme son meeting en Floride ce week-end, ne font que confirmer ce dérapage sans fin. Le milliardaire accuse les médias d’être haineux et injuste à son égard en mentant sur ses agissements.

Alors que les politiques français se contentent de critiquer, parfois violemment, la presse, Donald Trump affirme que cette dernière diffuse des fausses informations à son égard à chaque heure du jour et de la nuit. On rappellera simplement que ce week-end, le président a inventé l’existence d’un attentat terroriste en Suède. Le candidat républicain avait fait de l’offensive contre les médias l’un des piliers de sa campagne présidentielle. Force est de constater qu’il a fait des émules dans l’hexagone.

Une remise en cause de la démocratie

Le système médiatique, qu’il soit français ou américain, a bien évidemment ses failles : Biaisés, souvent partisans, aux mains de grands groupes dont les intérêts économiques influent parfois sur la ligne éditoriale… Les médias sont loin d’être exempts de tout reproche. Mais attaquer de toute part la liberté de la presse, l’un des piliers de nos démocraties, comme le font la majorité des candidats actuellement, ne résoudra rien. Leur démarche est en plus profondément hypocrite, les candidats à l’élection présidentielle et leurs lieutenants accumulant le temps de parole médiatique dans le cadre de la campagne.

Le cadre du FN Florian Philippot en est l’exemple le plus frappant. Son accusation permanente de « complotisme » des médias à l’encontre de son parti est à mettre en perspective avec le temps que le vice-président du FN passe sur les plateaux des différentes matinales, émissions politiques et journaux télévisés. Se servir de l’exposition offerte par les médias dans le but de critiquer sans cesse ces derniers est une stratégie assez perverse. Malheureusement pour lui, comme pour tout les autres, il est nécessaire de passer au travers du filtre médiatique afin de se faire entendre.

La stratégie mise en place par l’extrême droite a fait des émules dans tout les camps politiques. Espérons simplement que les prochains mois ne nous amènerons pas à voir des dérapages dignes de ceux de Donald Trump aux Etats-Unis. Le FN a déjà commencé à parler de “fake news” à propos des récentes accusations d’emplois fictifs visant Marine Le Pen. Le camp Fillon n’est pas en reste, en témoigne leur goût prononcé pour le terme “merdias” sur les réseaux sociaux. Pour l’instant, seul Benoît Hamon semble se tenir en retrait de cette vindicte populaire. Pour combien de temps ?

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