En écrasant le FC Barcelone au Parc des Princes ce mardi, le Paris Saint-Germain a vécu l’une des plus belles soirées européennes de son histoire. Match le plus abouti de l’ère Qatari, ce triomphe porte le sceau d’un homme : Unai Emery.

Le plan était parfait. L’interprétation collective l’a sublimé. Le résultat fût grandiose. Unai Emery est ce que Laurent Blanc ne sera jamais : Un tacticien fait pour les grands rendez-vous. La comparaison avec son prédécesseur sur le banc parisien s’arrêtera là, car une telle prestation n’a en rien besoin d’être comparée. Le technicien basque ne s’est pas contenté de remporter un huitième de finale aller de Ligue de Champions à domicile, il a donné une leçon tactique à l’équipe la plus dominante du XXIème siècle. Même si ce Barça n’est pas celui de Guardiola, le PSG a tout de même fait face à l’un des plus gros cadors du Vieux Continent. Supérieure dans tout les compartiments du jeu, l’équipe alignée par Emery n’a laissé aucune chance au onze de Luis Enrique.

Le pressing parisien décrypté par Chroniques Tactiques

Des principes tactiques enfin appliqués

L’équipe à avoir le plus fait souffrir Barcelone ces dernières années n’est autre que l’Atlético Madrid du Cholo Simeone. La recette ? Réussir à trouver l’équilibre parfait entre les phases de pressing coordonné sur les catalans et les phases plus « attentistes » sous forme de regroupement défensif. Les parisiens donneront le ton dès l’entame de la rencontre, harcelant les barcelonais dès que ces derniers avaient la balle. Les joueurs se mettent au diapason, et les transmissions offensives de Barcelone sont enrayées par le fantastique travail collectif des parisiens.

Le milieu de terrain du PSG prend alors un ascendant qu’il conservera tout au long de la rencontre. Emery a compris comment faire déjouer le Barça et ses soldats appliquent la stratégie à merveille. Parfaitement préparés sur le plan tactique, les onze parisiens pressent les barcelonais, envoient des coups quand il le faut, se replacent, reforment les lignes et se projettent très rapidement vers l’avant.

L’intensité produite par le PSG lors des phases défensives lui permet de récupérer un nombre impressionnant de ballon de contre-attaque, parfaitement menées par les artistes de l’équipe. Des artistes qui effectuaient malgré tout la besogne en phase défensive (à l’inverse de la MSN), à l’image de l’infatigable Edinson Cavani qui a gêné les transmissions entre la charnière catalane et le métronome Busquets.

Emery a parfaitement décrypté le FC Barcelone afin d’en faire éclater les faiblesses au grand jour : Un côté droit mal tenu par Sergio Roberto, un milieu de terrain vieillissant et moins dense qu’il y a quelques mois, une MSN inoffensive à condition d’être coupée du reste de l’équipe. Le coach parisien a remporté la bataille tactique d’un grand match européen avec aisance et discipline. L’aboutissement de mois de préparation et d’essayages plus ou moins fructueux, en Ligue 1 comme en phase de poules de Ligue des Champions.

Emery a tiré le meilleur de ce que son effectif peut offrir

Des individualités sublimées par leur entraîneur

L’effectif parisien apparaissait moins impressionnant que celui des années précédentes. C’est sans Zlatan Ibrahimovic, fort contre les faibles et faibles contre les forts, que Paris a réalisé le plus grand match de l’ère Qatari. C’est également sans David Luiz, ayant quitté le navire à la fin de l’été sans être remplacé afin de favoriser l’émergence de Presnel Kimpebe. Unai Emery a su tirer le meilleur des joueurs qu’il avait à sa disposition, ces derniers ayant tous évolué à un niveau stratosphérique ce mardi.

Chaque parisien a suivi les consignes dispensées par leur entraineur, en y ajoutant une fougue et une passion rarement vue sur la pelouse du Parc des Princes. Les onze joueurs de la capitale ont su élever leur niveau de jeu afin de répondre à l’enjeu d’un tel rendez-vous. Le match retour au Camp Nou en 2013 (1-1) et l’exploit à 10 contre 11 à Stamford Bridge en 2015 (2-2) étaient les références européennes du PSG de ces dernières années. Les onze acteurs du match de mardi ont tout changé. Que dire de la prestation majuscule de Presnel Kimpebe, vingt-et-un ans et zéro match de Ligue des Champions à son actif ? Le titi parisien a muselé Suarez et Messi avec l’expérience d’un vieux briscard. Son association avec Marquinhos fut parfaite. Kurzawa et Meunier trop tendres sur le plan défensif pour faire face à la meilleure attaque du monde ? Il n’en fût rien et les deux latéraux ont en plus énormément apporté en phase offensive.

Matuidi trop juste techniquement pour être titulaire au milieu de terrain ? Il prouve qu’il a ce qu’il faut pour être un guerrier laborieux dans les matchs importants. Adrien Rabiot, auteur de sa meilleure saison sous les couleurs parisiennes, confirmant enfin les promesses entrevues entre deux accès de nonchalance ? Il a régné en sentinelle devant la défense parisienne et a été extrêmement précieux dans les transitions avec des amours de passes entre les lignes catalanes. Marco Verratti a lui été éblouissant, à l’image de son décalage parfait pour Julian Draxler sur le but du break parisien. Le petit hibou était partout, orientant aussi bien le jeu du PSG que grattant les ballons entre les jambes catalanes avec le vice qu’on lui connaît.

L’allemand a humilié Sergi Roberto toute la soirée et a été intenable sur son côté gauche. Côté opposé, Angel Di Maria a livré son meilleur match sous le maillot parisien. Pas loin d’être à la rue il y a quelques semaines, l’argentin a illuminé le Parc des Princes de par son génie et sa classe. Deux buts et un tas d’inspirations géniales pour un joueur retrouvé. Enfin, Edinson Cavani a fait très mal à la charnière Piqué-Umtiti avec ses appels incessant et a pourri les relances catalanes. Sans oublier d’inscrire l’ultime pion parisien.

Ses renaissances, ses confirmations et ses sublimations ne sont pas simplement dues au fait que Paris jouait un match couperet de Ligue des Champions. Il faut rendre à Emery ce qu’il revient à Emery. En plus de sa préparation tactique parfaite, l’espagnol a réussi à guider ses joueurs vers une excellence collective et individuelle jusque là confinée au rang de promesse. La marque d’un très grand. Dans les semaines à venir, les catalans vont certainement promettre l’enfer aux parisiens pour le retour au Camp Nou. Mais emmené par un entraîneur de cette trempe, Paris a tout pour briller au paradis.

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