Série produite par France Télévisions (via la branche “web-série” du Studio 4), “Face au Diable” nous plonge dans les travers d’un monde politique torturé, intense, à la limite de l’implosion. Créée par Gille Daniel en décembre 2016, cette web-série de 10 épisodes semble être la chef de file d’une nouvelle génération de web-série prenant peu à peu une toute autre dimension.

Politiquement correct ou incorrect ? Une série politique avant tout

“Face au diable”, c’est 10 épisodes racontant les aventures d’un jeune syndicaliste (Oliver Chantreau, déjà vu dans Baden Baden, et plus régulièrement à la télévision dans Engrenages ou Plus Belle La Vie) qui va faire la rencontre, le temps d’une nuit, d’une fille (Adèle Simphal, prochainement dans Rock’n’roll) qui s’avère être la digne héritière du parti politique d’extrême droite nommé “Renaissance”, dirigé par son grand père Philippe Legrand (Henri Guybet, Les Aventures de Rabbi Jacob).

Et tout les enjeux de cette série se fondent à partir de cette rencontre : Le choix du cœur ou de la raison. L’amour au profit de ses propres convictions ? La conciliation est-elle possible ?

Hugo Bernal (Olivier Chantreau) et Henri Guybet (Philippe Legrand)

Une simple romance ?

Mais cette série n’est pas une simple romance. Les lignes se situent en effet ailleurs; le propos politique est bien présent. Ces 10 épisodes mettent en lumière un véritable choc d’idées … politiques : le très dynamique, néanmoins esseulé, syndicaliste face aux rouages d’un grand parti nationaliste.

Cependant, l’effet “romancé” de cette série n’est pas à placer au second plan. Les différentes intrigues vont amplifier l’intensité de ce duel politique.

Mais, il est à noter que certains traits de personnages et de situations prennent des aspects assez caricaturaux et cela demeure la principale critique que l’on peut faire à cette série. En effet, Philippe Legrand porte haut des remarques racistes ou homophobes, accompagné de notre jeune héros se dressant devant l’immense parti historique de bord politique diamétralement opposé.

“Face au Diable” se présente comme une série véritablement engagée. Souhait de l’équipe de réalisation ?

Une entrée vers une toute nouvelle dimension

La réalisation de Lionel Mougin est efficace, sans fioritures. Les images ne sont que très peu retouchées. Nous retrouvons donc une esthétique très froide, ou plutôt représentative du réel. Un choix technique pour une immersion encore plus intense au cœur de ce monde politique.

Quant au casting, il est intelligent. Il est clair qu’il n’y a aucun “grands noms”, néanmoins, les acteurs sont impeccables. Ils jouent leurs rôles, et même un peu plus.

Alors que de plus en plus de courts, voir moyens-métrages, adoptant les codes du cinéma traditionnel affluent sur Internet, “Face au Diable” se présente comme le symbole d’une toute nouvelle génération de réalisations se rapprochant de plus en plus du cinéma ou de la télévision.

Série intelligente et intelligemment réalisée, “Face au Diable” a réussi à nous immerger dans les coulisses les plus sombres de la politique. Sortie en pleine période cruciale pour la campagne présidentielle, cette série n’a pas réussi à faire parler d’elle, mais a tout de même réussi à être vu avec des épisodes dépassant la dizaine de milliers de vues sur YouTube (mention spéciale au premier épisode à un peu plus d’une cinquantaine de milliers de vues). Le pari est donc réussi pour Gilles Daniel. Une suite dans une saison 2 ou un avant-goût juste avant la sortie de “Chez Nous” de Lucas Belvaux le 22 février ?

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