Considéré comme l’un des meilleurs joueurs au monde lors de son apogée milanaise, Adriano avait tout pour marquer l’histoire du football. Faute d’inscrire son nom au panthéon du jeu, on se souviendra du brésilien comme l’un de ses plus grands talents gâchés.

Le simple fait de prononcer son nom suffit à faire frissonner les joueurs de PES. Au delà de sa reproduction virtuelle devenue mythique, Adriano Leite Ribeiro est un joueur que personne n’a réellement oublié. Il était l’Imperatore qui régnait sur la Serie A, terrorisant les défenses de la Botte de par sa puissance, sa technique et son réalisme. Il était le joueur qui égalisait à la 93ème minutes d’une finale de Copa América pour emmener son Brésil aux tirs au but face au rival argentin. Il était le joueur qui pouvait décocher une frappe lourde des 30 mètres pour nettoyer la lucarne. Oui, Adriano avait tout pour être un très grand. Il ne l’aura jamais été. La dépression, l’alcoolisme et les très mauvaises fréquentations auront eu raison de la carrière du buteur qui devait succéder à Ronaldo.

Le règne

Acheté par l’Inter Milan à l’été 2001, Adriano aurait pu tout aussi bien atterrir au PSG. En effet, l’Inter et le PSG possédaient Vampeta en copropriété, et étaient dans l’obligation de le vendre à Flamengo pour récupérer un joueur chacun : Adriano et Reinaldo. Le duo Ronaldinho-Adriano ne fut donc jamais formé sous le maillot parisien. Immédiatement prêté à la Fiorentina puis à Parme où il explosera, Adriano revient du côté de San Siro en janvier 2004. Evoluant dans une Serie A qui est encore le meilleur championnat du monde, Adriano éteint les défenses adverses avec insolence.

Rugueux, parfois violent, tout en étant extrêmement habile techniquement et précis, le brésilien plane sur la Serie A. Douze buts en deuxième partie de saison 2003-2004, avant de mettre tout le monde d’accord en plantant 45 fois toutes compétitions confondues lors de la saison 2004-2005. Dans les travées de San Siro il se murmure que Roman Abramovich aurait proposé 70 millions à Massimo Moratti pour faire venir Adriano à Chelsea. Il ne les investira finalement jamais, à raison.

Les premiers écarts

Au cours de l’année 2004, Adriano apprend le décès son père. Cet événement traumatisant agira comme une bombe à retardement. Incroyablement puissant sur le plan physique, Adriano est à l’inverse très fragile sur le plan psychologique. Il explose en plein vol lors de la saison 2005/2006, enchaînant les cuites et se perdant dans la nuit milanaise. Le joueur sombre dans l’alcoolisme, sèche des entraînements, agace les tiffosis et Roberto Mancini.

Adriano reviendra sur ces mois de descente aux enfers en ces termes : « Avec la mort de mon père je suis tombé dans une grave dépression que seul l’alcool arrivait à me guérir. Je n’étais heureux que quand je buvais. Et je n’arrêtais jamais de boire. Tous les jours, j’arrivais saoul à l’entraînement. Je sortais tous les soirs et je ne dormais jamais de peur de ne pas me présenter à l’heure. Sauf que j’arrivais dans un état pitoyable. On m’envoyait alors dormir à l’infirmerie et on disait aux journalistes que j’avais un problème musculaire ».

Quelle équipe

Envoyé au São Polo FC pour retrouver son niveau et se refaire une santé (en désintox), Adriano débarque au Brésil en décembre 2007. Après des débuts plutôt convaincants, le numéro 10 replonge. Un coup de boule, une suspension, des sorties nocturnes incessantes : le retour au pays est une catastrophe. Fraîchement nommé à la tête des nerazzuri, Mourinho rapatrie son buteur plus tôt que prévu. Adriano commence à retrouver des couleurs sous les ordres du technicien portugais. Mais là encore, l’éclaircie sera de courte durée. Des retours tardifs de vacances au Brésil, des absences à l’entraînement et une attitude loin du professionnalisme exigé par Mourinho auront raison de la carrière milanaise d’Adriano. Il quitte l’Inter la tête basse et repart au Brésil.

La chute sans fin

Adriano se relance alors à Flamengo, avec brio. Il gagnera le championnat du Brésil avec le club de son enfance, sera sacré meilleur buteur et élu meilleur joueur du championnat. Au lieu de construire autour cette réussite, Adriano reprend le chemin de l’Italie et signe à la Roma. Il n’y restera que six mois. En surpoids et incapable de tenir le rythme d’un match professionnel, Adriano fait peine à voir. Le joueur qui pulvérisait les solides défenses italiennes n’existe plus. Beaucoup plus présent dans les tabloïds que sur les terrains, le brésilien vivra un calvaire dans la Ville Eternelle.

Depuis? Rien. Des piges courtes aux Corinthians et une fois de plus à Flamengo, qui finissent à chaque fois en ruptures de contrat. Les problèmes sont toujours les mêmes. L’alcool, la drogue (pris en photo devant un rail de cocaïne, Adriano déclara devant un juge que c’était du “gros sel”), les orgies, les relations bien trop proches avec des personnalités majeures de la pègre… Adriano se détruit et ses proches craignent pour sa vie. Il signe pour trois mois à l’Atlético Paranaense (zéro match joué) et se retrouve même à deux doigts de s’engager avec Le Havre. L’argent de Christophe Maillol, le repreneur potentiel du HAC, n’ayant jamais existé, l’Empereur ne verra pas la France. Son dernier club connu est le Miami United FC, en 4ème division américaine. Il y jouera un match.

Où s’arrêtera la chute ?

Cet été, Adriano refait parler de lui lorsque des photos de sa supposée vie dans les favelas de Rio sont publiées en ligne. Elles font le tour de la planète foot et montrent l’étendue de la déchéance de l’ancien buteur milanais. D’autres clichés le montrent également en train de poser aux côtés de membres du Comando Vermelho, la mafia la plus violente et la plus influente du pays. Sa dernière apparition publique remonte à la fin janvier, où des paparazzis l’ont trouvé errant pieds nus et torse nu dans les rues de Rio. Un destin inimaginable pour celui qui devait porter la Seleçao sur le toit du monde.

A 34 ans, Adriano ne reviendra jamais. Les années d’excès auront eu raison d’un joueur qui avait pourtant tout ce qu’il faut pour tutoyer les très grands. Redoutable finisseur, il devait être le successeur de Ronaldo. Il n’aura finalement fait qu’effleurer la carrière de l’emblématique numéro 9. Adriano a rejoint la (trop) longue liste des génies égarés en chemin, nous laissant un goût amer dans la bouche. Celui qui aurait pu devenir un monument du football brésilien n’aura finalement été qu’une étoile filante. Quel impact a laissé Adriano sur le football ? Hormis les joueurs de PES, personne ne saurait vraiment le dire.

Par Julien Perocheau

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