2 minutes et 47 secondes pendant lesquelles deux jeunes comédiennes et membres de l’association No Gynophobie “taclent” les femmes et rient de leur misogynie, grâce des courtes vidéos de 10 secondes et des filtres Snapchat (pas de filtre chien, on vous rassure). Un pari risqué et délicat pour Anna Apter et Laura Felpin.

 

Rire jaune et humour noir :

“’Paraît que 100% des femmes se sont déjà faites frottées dans le métro, comme ils disent là, les frotteurs. Bon ben… moi ça m’est jamais arrivé. Alors bon, c’est un peu vexant.”
“Mon mari et moi vivons un amour. Il est vrai qu’il a de temps à autre levé la main sur moi, mais je suis habituée à bouffer de la patate !”
“Bon ben moi je les vois, hein, les musulmans dans mon quartier ! Ce sont eux qui tapent leurs femmes. Et c’est pas pour rien qu’elles portent la burqa, ça cache les bleus !”

Et ce n’est qu’une petite sélection des phrases les plus drôles et percutantes de ce court-métrage, qui se déroule entièrement dans ce ton. Et c’est sûrement le meilleur moyen de parler de gynophobie. Ce terme est d’ailleurs trop méconnu : il s’agit de l’hostilité (explicite ou implicite) envers les femmes, parce que ce sont des femmes. C’est bien la première fois qu’on rigole autant d’un sujet pareil.

Un pari risqué, délicat mais réussi :

Réalisé à l’origine pour le concours de l’association No Gynophobie lors de la semaine contre les violences faites aux femmes, ce court-métrage en a été le vainqueur mais a aussi valu le prix de meilleur court-métrage au festival de Cannes 2016. Un second degré qui leur a valu la première place. Il n’y a pas que la tournure des phrases qui en fait un très bon court-métrage, il y a le support : Snapchat. En plus d’être un réseau social très populaire chez les jeunes (qui sont d’ailleurs le public que les deux comédiennes visait) il permet d’avoir un format très court donc percutant et force à aller droit au but en 10 secondes seulement. Le succès de cette vidéo montre bien que le meilleur moyen de communiquer avec les jeunes est de se plonger dans leur univers. Qui ne ressent pas une sorte de familiarité en regardant ce court-métrage ?

“C’est un challenge d’essayer de faire rire sur un sujet pareil, mais c’est aussi un super moyen de faire bouger les consciences.”

Mais il ne faut pas oublier son but premier :

Pourtant, même si on ne peut s’empêcher de lâcher quelques sourires, le second degré utilisé réveille une certaine indignation face à ce sujet sensible. N’importe quelle femme se sent concernée car tout y passe : le harcèlement dans les transports en commun ou dans la rue juste à cause d’une tenue (“avec du maquillage de… et des jupes ras la…”), l’hyper-sexualisation, les préjugés (“les Arabes”, “la burqa”, “les pauvres”…), la violence conjugales qui est considérée comme normale (“j’trouve ça normal”, “je suis habituée”) ou alors carrément ignorée (“les femmes battues tu les vois dans la rue ? non”). Cette vidéo nous montre que les préjugés et les clichés sont bel et bien là et qu’on ne pourra pas changer les mentalités des plus vieux, mais que ce sont à nous, les jeunes, de faire bouger les choses. Le fait que chaque petite vidéo soit coupée par un son de claque et la vidéo se conclut sur un son de claque encore plus fort pour finir avec un slogan plutôt percutant (encore une fois) : “Chaque jour à travers le monde, plus de 24 millions 842 baffes se perdent. C’est bien, mais ça ne suffit pas. Continuons à perdre des baffes.”

Alors, continuons à perdre des baffes.

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