Un regard perçant, une voix rauque, une gestuelle folle, un charisme naturel, Romeo Elvis est un véritable personnage. Son dernier son, “Bruxelles arrive” totalise déjà plus d’un million de vues sur Youtube. Pourtant, il était presque inconnu il y’a quelques mois…

Peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Roméo Johnny Elvis, j’suis un rappeur bruxellois, j’ai commencé en 1961 et je finirai en 2035, selon mon oracle…

Comment tu t’es lancé dans le rap ? Quelles sont tes influences ?

J’ai commencé quand j’étais à l’internat avec des amis, puis s’en est suivie une longue traversée du désert parce que j’avais pas vraiment beaucoup de gens avec qui partager ça à Bruxelles… Puis j’ai rencontré L’Or du Commun, et là on a commencé à faire du son ensemble, à faire des scènes. Quand j’ai commencé à faire du rap, j’étais  très influencé par Caballero, JeanJass et tout ça, même L’Entourage, j’écoutais beaucoup ces trucs là. Après j’ai d’autres influences comme Tyler, the Creator ou même Andre 3000. Mais avant, genre à 17 ans, j’écoutais uniquement des trucs comme Jimi Hendrix ou Pink Floyd. Donc j’ai plein d’influences, et très diverses.

C’est quoi réellement ton lien avec l’Or du Commun ?

En fait, j’étais dans la rue complètement saoul quand je les ai rencontré et c’est parti d’un fight avec Loxley (un membre du groupe, ndlr). Puis on est allé boire un coup, et au final on a bien sympathisé. C’est vraiment parti d’une embrouille comme ça. Et on a recommencé 4 soirs de suite, on se torchait la gueule ensemble à fond. Du coup il s’est créé un vrai lien passionnel avec eux. Après ils m’ont embarqué, c’est eux qui m’ont permis d’aller sur scène, c’est un peu comme s’ils m’avaient donné un micro en vrai. Ils m’ont embarqué, ils m’ont appris des techniques, et même à enregistrer en studio. C’est dans ce collectif que j’ai vraiment appris à faire du rap, à faire de la musique en fait.

Depuis Give Me 5 et Poignée de Punchlines, il y a 2 ou 3 ans, ton identité artistique s’est beaucoup affinée, on a l’impression que tu es plus reconnaissable. C’est une évolution naturelle ou vraiment une volonté personnelle ?

Bah en fait c’est les deux. C’était une volonté d’évolution. J’avais envie d’évoluer, et avec le temps tu t’améliores, tu continues à développer des skills, des techniques. Et c’est en rencontrant le Motel, le producteur de Morale (Son dernier EP, ndlr), j’ai du complètement peaufiner mon style et redécouvrir ce que je faisais car c’était plus le même schéma de production.

© Instagram : @elvis.romeo

Au niveau des prods aussi ça s’est amélioré ?

Ouais c’est plus léché, mais plus pompeux peut être (Rires).

Comment tu perçois…

Donald Trump ? (Rires)

…  L’impact sur ta carrière du titre “Bruxelles arrive”, au niveau  de ta notoriété ?

Ah bah c’est super cool. Tout s’est fort accéléré, niveau visibilité premièrement. Déjà, les concerts sont plus remplis grâce au morceau. Je parle beaucoup du fait que beaucoup viennent pour écouter que ça, parce que ça a plus buzzé. Mais je suis très conscient que plein de gens ont découvert mon univers grâce à ça. C’est une super exposition. Après ce morceau est à titre “phénoménal”, dans le sens où j’ai jamais eu ça avant dans le reste de mes morceaux. Et on va essayer de garder un rythme avec ça, que ça fasse pas juste une super exposition et que le prochain son fasse 3 vues.

“C’est pas comme si j’avais trouvé une formule magique et que j’allais faire que ça !”

Du coup les prochains sons tu vas continuer comme ça ?   

(Rires) Ouais de nouveau hyper commercial, feat avec Snoop à fond…

Non sérieusement, plus dans ce style là ou plus typiquement les morceaux de ton EP ?

Le truc, c’est que j’vais continuer dans cette trempe avec Morale 2. Mais c’est vrai qu’avec Bruxelles arrive, j’me suis rendu compte des opportunités de ce que je pouvais avoir avec des musiques comme ça. C’est un type de son que j’écoute à fond, avec un peu plus de trap. Notamment avec la manière dont le refrain est chanté, en mode skurt skurt. Je me suis aventuré dans ce domaine que j’avais jamais expérimenté, mais maintenant j’vais pas me priver de continuer. Après, c’est pas comme si j’avais trouvé une formule magique et que j’allais faire que ça. C’est vrai que c’est une formule efficace et tout, mais j’ai vraiment pas pour but de faire que ça.

C’était plus le genre de Caballero et Jean Jass ce style de son ?

Ouais un peu, dans ce que tu dis y’a du vrai. Dans le sens où eux ils ont fait Double Hélice pour l’efficacité et rentabilité, fallait que ça marche bien en concert, que le public réagisse et ça marche bien tu vois. Et c’est vrai que Bruxelles arrive fait plus partie de cette “formation Double Hélice”. À la base le son devait être en solo, c’était juste pour ambiancer, pour les concerts. Et après Caba a écouté au studio, a vraiment kiffé et a proposé un feat. À la base je voulais même pas le sortir, j’assumais pas le truc entièrement. Je pensais qu’on allait me dire « ouais il veut faire comme les autres ». Parce que comparé avec tout ce que j’ai fais avant, Bruxelles arrive c’est un vraiment ovni. Y’a même des gens qui disent que j’ai fais une musique commerciale. Dans le fond c’est vrai, c’est plus vendeur.

© Romeo Elvis – Bruxelles arrive

Ensuite, je me rendais compte qu’il fallait vraiment le faire, ou même le sortir en SoundCloud. J’ai vraiment commencé à croire en ce morceau quand Caba m’a dit que c’était un putain de morceau et qu’il était chaud pour poser dessus. En solo, il aurait peut être pas fait un million de vues, même si on sentait qu’il y avait de l’électricité autour. Ça faisait longtemps que je voulais faire un feat avec lui. Autant Caballero était chaud pour ce morceau, autant moi je voyais plus l’opportunité de poser avec Caba, et profiter un peu de sa notoriété quand même.

En 2013 tu as sorti l’EP « Bruxelles c’est devenu la jungle » et dans un des morceaux tu dis « J’représente que dalle ». Aujourd’hui est-ce que ça a changé ou tu as toujours le même état d’esprit ?

(Hésite) Non, je crois que c’est toujours la même.  Non, en fait c’est pas vrai parce que maintenant je représente les bruxellois. J’ai fait un morceau là-dessus et de ce fait je les représente plus qu’avant. Avant on débarquait dans le jeu, à Bruxelles y’avait déjà des gars en place et moi j’avais que l’Or du Commun mais pas énormément de revendications.

“Mon style a évolué, mes propos aussi, désormais je représente quelque chose, mon pays déjà et plus particulièrement le rap bruxellois.”

Justement, sur le rap bruxellois. Il y a un vrai élan depuis quelques années avec Damso, Hamza, Caballero, Jean Jass, et toi.. C’est presque devenu une mode d’écouter du rap belge. C’est quoi ta vision de tout ça ?

Je pense que c’est quelque chose de logique, en 2015, 2016, y’a énormément de projets qui sont sorti en Belgique, un espèce d’alignement des planètes. Hamza a sorti H24, Damso a sorti Batterie Faible, Caballero et JeanJass ont sorti Double Hélice, nous on a sorti Morale. Ça fait 4 projets majeurs belges en 2016. Il y a aussi des gars comme Booba qui ont propulsé Damso et qui ont donc encore plus mis en lumière la Belgique. La scène rap en Belgique a toujours été présente mais avant c’était moins intense, beaucoup moins actif. Le style s’améliore, mais pour moi c’est depuis l’arrivé de Caballero notamment que quelque chose se passe vraiment. Les circonstances et les acteurs qui ont mis en avant la scène belge, notamment les médias qui ont fait que désormais y’a une certaine hype. Le rap c’est la musique la plus écoutée par les jeunes chez nous aussi, y’a un bouillonnement en Belgique et les français s’en rendent compte.

Avant ça c’était le manque de talents ou le manque d’exposition qui freinait le rap belge ?

Je sais pas si c’est dangereux de dire ça, mais je pense qu’il y a plus de talent qu’avant. Parce que le rap s’est diversifié… Des mecs comme Hamza, c’est des gens talentueux qu’on aurait jamais dit talentueux y’a 10 ans. Jamais. Et ça vraiment je l’assume alors que je le trouve très talentueux. Il sait rapper, je dis pas qu’il fait que du « ouhou » et de l’autotune. Mais à l’époque les gens auraient pas perçu son talent. Moi même, c’est peut être l’époque qui me permet de faire ce rap là.

Toujours sur le rap belge, d’un point de vue français on a l’impression que y’a un coté beaucoup plus uni notamment par la proximité. En France, entre Paris et le sud il y a pas vraiment ça.

Bien sûr, on se connait tous parce que déjà on est dans la même famille de management et de booking. Caballero, JeanJass, La Smala, l’Or du Commun et moi même on est tous chez Back In The Dayz. Entre Double Hélice et Morale il y a très peu de dates où on se croise pas, 2 fois sur 3 on est ensemble. C’est normal, le terrain il est petit, on a tous des amis en commun. Je donnerai pas de nom mais y’a la petite soeur de tel rappeur qui sort avec tel autre rappeur.

Après ça veut pas dire qu’on s’aime tous ou quoi, mais il y a pas de rivalité pour savoir qui est le meilleur rappeur de Bruxelles.

“Y’a un bouillonnement en Belgique et les français s’en rendent compte.”

Primero, de l’Or du Commun, intervient : En tout cas dans cet élan belge, y’a aucun intérêt à se tirer dans les pattes. On en côtoie certain, d’autres non mais dans tous les cas on respecte le travail.

C’est quoi l’ambition ultime de ta carrière, ce qui te ferais dire que ta carrière est réussie ?

L’argent à fond. (En désignant sa copine à ses côtés) Rendre cette femme heureuse. 5 enfants aussi.

Mais sinon, ça serait un Vivement dimanche chez Michel Drucker, mais c’est trop tard, il finit l’année prochaine. Symboliquement je trouve que ce serait incroyable. Pour l’instant les choses évoluent encore mieux que j’aurais pu l’imaginer. Tout simplement je veux vivre de ma musique, je me suis fait la réflexion que c’est ce que j’ai toujours voulu faire au fond, depuis tout petit. Être sur scène, être regardé, parce que je suis très égocentrique. Ça a toujours fait partie de moi et là c’est en train de fonctionner à balle. Je peux commencer à dire ce que je rêvais secrètement de faire, mon but c’est de remplir des salles de plus en plus grosses. 

“J’ai envie de faire des sold-out à fond, moi le mot sold-out il me fait bander.”

Ce que tu dis, ça fait très écho à la première phase de Bruxelles arrive «Passez-moi cette foutue maille. J’ai attendu 3 piges avant de réclamer les pépettes »

Ouais, après moi j’ai jamais galéré dans le sens où je viens d’un milieu bourgeois et j’ai toujours mangé à ma faim parce que je travaillais pour. Mais j’ai jamais vécu de ma musique avant et ça fait 3 ans que je met de l’énergie dans la musique, que je me donne, qu’on travaille ensemble avec mon équipe et là il est temps que ça paye. Y’a rien de plus beau que d’être récompensé pour ce qu’on fait. Être là aujourd’hui, avoir l’hôtel payé, la coke à gogo (rires). Je veux me renouveler à fond, comme Florent Pagny, une nouvelle coiffure à chaque album. Pour passer sur Vivement Dimanche à chaque fois. (rires)

Au niveau des rappeurs américain, je voulais savoir lesquels tu trouves les plus chaud et pourquoi ?

Tyler, the Creator et André 3000. André 3000 parce que c’est un précurseur. Il a commencé le travail avant les autres, j’ai l’impression que c’est un passeur entre la soul, les trucs des années 80/90, il a mit beaucoup de chants. C’est un précurseur dans ce qui s’est fait par la suite avec des mecs comme Tyler, Pharrel Williams. Y’a des instruments à chaque fois, c’est enregistré, c’est pas du sample. Lui c’est vraiment le daron de la musique que j’écoute.

Tyler, c’est pour la gestuelle, pour l’attitude. Il est très iconique, très fascinant. Tu vois André 3000 il y a Outkast mais tout le monde connait plus André 3000. Tyler il a Odd Future mais tout le monde connait plus Tyler. Ils ont une personnalité débordante, ils sont très complets, autodidacte. Pour ça, c’est les deux gars aux États-Unis que j’écoute et respecte le plus.

Dans “Bruxelles arrive” tu portes un serpent dans le clip, sur ton site tu vends des t-shirts où y’a des crocodiles dessus. Du coup est-ce qu’il y a un lien particulier avec les reptiles ?

Oui, à vrai dire mon grand père a une drôle de passion. Il veut toujours avoir des reptiles vivants et empaillés chez lui, ça m’a toujours fait rire et du coup depuis tout petit j’en côtoie toujours. C’est comme ça que j’ai rencontré Lena aussi, (sa copine ndlr) à une conférence sur les reptiles. On me pose souvent la question, mais j’ai tellement l’habitude d’en voir que je me rend plus compte que c’est un peu hors du commun. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai commencé avec “Bruxelles c’est devenu la jungle”. (Son premier EP ndlr)

© Romeo Elvis – Bruxelles arrive


Propos recueillis par Théo Lavoyer et Corentin Saguez

Pin It on Pinterest

Plus dans Musique
Chance the Dropout : l’une des meilleures mixtapes de 2016

Fermer