Nommé à la tête du FC Séville cet été, Jorge Sampaoli a conquis les supporters andalous. Personnalité atypique du monde du football, le technicien argentin a tout pour mener le club sévillan vers les sommets. À la découverte d’un personnage et d’une philosophie à part entière.

L’image peut faire sourire. Expulsé suite à son explosion de rage à l’encontre de Mark Clattenburg, le coach sévillan est contraint de rejoindre les tribunes, d’où il regardera la fin du match aux côtés d’une grand-mère. C’est de là que Sampaoli assistera, dépité, à la défaite de son équipe face à la Juventus dans les toutes dernières minutes du temps réglementaire. Une défaite synonyme de rencontre décisive au Parc OL ce soir à 20h45. En cas de défaite par deux buts d’écart, les sévillans seront contraints de retrouver leur régulière, la Ligue Europa. Une consolante qu’on voit mal Jorge Sampaoli accepter. Vainqueur de la Copa Sudamericana 2011 avec Universidad de Chile (l’équivalent sud-américain de la C3) et bien évidemment vainqueur de la Copa América 2015 avec la Roja, l’argentin a désormais pour objectif de conquérir le Vieux Continent.

Hasta la Victoria Siempre

Né à Casilda en 1960, Jorge Sampaoli a grandi durant les dictatures militaires qui se sont tristement succédées en Argentine. Rebelle dans l’âme, Sampaoli se réfugie dans le rock contestataire et les jeunesses péronistes, pour lutter contre la dureté du régime totalitaire des généraux. Jorge est plutôt doué balle au pied, et il rejoint l’équipe de jeunes du mythique club de Newell’s Old Boys. Malheureusement pour lui, plusieurs pépins physiques enterreront ses espoirs de professionnalisme avant même qu’il n’atteigne la vingtaine. Sampaoli reprend alors des études, et devient employé de banque dans sa ville natale. Mais comme il le déclarait à So Foot en septembre dernier, abandonner n’est pas dans sa nature : « Je n’ai jamais pensé à renoncer au football, j’ai pensé à renoncer à la vie plus qu’au football. J’étais prêt à sacrifier n’importe quoi mais pas le football. Mon rêve a toujours été d’entraîner. A huit ans, j’enregistrais mes consignes à des joueurs imaginaires avant la finale d’un mondial ». Sampaoli alterne à l’époque les allers retours entre son guichet de banque de Casilda et Rosario, où il coache l’Argentino, une équipe de 4ème division.

“J’étais prêt à sacrifier n’importe quoi mais pas le football. Mon rêve a toujours été d’entraîner.”

Les influences bielsistes et espagnoles

En 1998, Sampaoli ressent le besoin de voir autre chose. Autre chose que les routes cabossées qui rallient Casilda à Rosario, autre chose que sa routine professionnelle et footballistique. Il part alors pour l’Espagne, sac de randonnée sur le dos, dans le but d’observer les techniques d’entraînement du Vieux Continent. Ce sera d’abord le Pays Basque, avec la Real Sociedad, Alavés et Bilbao, puis la Catalogne, et même l’Italie. Il dort dans des auberges de jeunesse et compte chaque sou, « mais qu’importe : la route c’est la vie » comme l’écrivait Kerouac. Sampaoli observe, analyse et décortique les éléments qui font la grandeur du football européen. Tel un universitaire, Sampaoli note, schématise, remet en cause. Il comprend alors l’aspect crucial du travail au quotidien dans un club professionnel. La préparation physique, le travail à l’entraînement, la rigueur… Fasciné par le football européen, le néo-sévillan n’est toutefois pas du genre à renier son héritage. Son idole absolue demeure argentine, et elle se fait connaître sous le sobriquet d’El Loco.

Jorge, sur son arbre perché

Jorge, sur son arbre perché

A l’image de Diego Simeone et de Pep Guardiola, Sampaoli est un disciple de Marcelo Bielsa, le fantasque technicien qui s’asseyait sur une glacière du Vélodrome il n’y a pas si longtemps. Un homme auquel il voue un véritable culte : « J’allais voir tout ses entraînements à Newell’s, j’écoutais – et je réécoute encore – toute ses conférences, la manière dont il transmettait ses valeurs et l’idée qu’il avait du foot, sa volonté de toujours faire le jeu. J’ai ressenti une adhésion totale qui dure encore aujourd’hui.» A l’image de Marcelo, Jorge ne connaît pas la demi-mesure. L’absolu est chez lui une constante immuable, dans le jeu, comme dans la vie. La folie est le dénominateur commun de ces deux entraîneurs. Difficile de nier la passion d’un homme qui est un jour grimpé à un arbre pour brailler sur ses joueurs après avoir été (encore) expulsé du bord du terrain par l’arbitre.

Carnets de voyage

Revenu d’Europe le compte en banque vide mais la tête pleine, Sampaoli découvre les joies du professionnalisme en 2002 au Pérou, étant nommé à la tête de la modeste équipe de Juan Aurich. Il bourlinguera ensuite de clubs en clubs, ne restant rarement plus d’un an dans la même équipe : Sport Boys, Coronel Bolognesi, Sporting Cristal pour le Pérou, Universidad de Chile et CD O’Higgins au Chili, sans oublier Emelec en Equateur. La première consécration aura lieu à Universidad de Chile, Sampaoli emmenant l’équipe de Santiago au bout de l’aventure en Copa Sudamericana. Le seul titre international du club à ce jour. Un exploit suffisant pour convaincre la fédération chilienne de confier les rênes de la Roja à l’argentin. La suite est connue : Une démonstration pour éliminer l’Espagne du Mondial 2014 dès les poules, une cruelle défaite au tir aux buts en 8ème de finale face au Brésil, mais une révélation en mondovision. Le football offensif et frénétique de Sampaoli éclate au grand jour. Son jeu de possession en phase offensive et d’harcèlement constant du porteur du ballon en phase défensive séduit les observateurs du monde entier.

Si avec ça tu t'appliques pas sur le pressing...

Si avec ça tu t’appliques pas sur le pressing…

Un an plus tard, le Chili est sacré roi d’Amérique du Sud à la maison, battant l’Argentine de Messi en finale. La folie s’empare du pays et Sampaoli est érigé en héros. C’est la consécration d’un homme, de ses principes et de sa psychologie : « L’idée c’était d’attaquer quatre-vingt-dix minutes, sans répit, et de voir comment ça fonctionnait. Si tu attaques, tu peux soumettre l’adversaire, et il se réfugie dans son camp. Peu importe qu’on mène 1, 2 ou 3-0 ou si on perd, il faut attaquer pendant quatre-vingt-dix minutes ». Constamment à la recherche de nouveaux défis, Sampaoli décide de se trouver un point de chute en Europe pour la saison 2016-2017. Galatasaray, Chelsea, Rome et même Marseille furent évoquées comme destination possible. Ce sera finalement Séville et son bouillant Sanchez Pizjuan. Un club et une ville qui colle parfaitement au tempérament enfiévré de Sampaoli. Une nouvelle étape dans le voyage d’un passionné.

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