Coupe de cheveux Beatles, le sourcil déjà haut, le verbe plus cool qu’aujourd’hui et la voix encore suave, François Fillon entre à l’Assemblée Nationale en 1981. Né au Mans, député de la Sarthe, le passionné de course automobile est à l’époque le benjamin de l’Assemblée nationale à tout juste 27 ans.

Depuis, Double F a suivi une longue carrière : ministre à de multiples reprises, conseiller national du RPR, Premier ministre de Nicolas Sarkozy, député de Paris et enfin aujourd’hui, candidat du parti Les Républicains en vue de l’élection présidentielle de 2017. Et le mieux dans tout ça, c’est que personne, vraiment personne ne l’avait vu venir sérieusement.

Le monsieur 3% de la droite

Sa campagne présidentielle a démarré en 2013. Il sillonne la France dès le mois de février, ce qui est le début d’une longue marche qui durera plus de 1200 jours. Alors que le sobriquet dont l’avait affublé Nicolas Sarkozy, celui de « simple collaborateur » lui colle encore à la peau et malgré la popularité qui était la sienne lorsqu’il était Premier Ministre, M. Fillon est forcé de commencer seul sa campagne. Personne ne croit en lui. Fillon recrute Patrick Stefanini, un très proche de Juppé, pour diriger sa campagne. Cet homme de l’ombre, très proche d’Alain Juppé, lui avait demandé l’autorisation de prendre en main la campagne de M. Fillon, ce que le maire de Bordeaux avait accepté sans broncher, lui qui ne croyait guère aux chances de l’ancien Premier Ministre de Sarkozy d’être ne serait-ce qu’un petit risque durant la Primaire.

Patrick Stefanini va pourtant être l’homme clé de la campagne du très droitier François Fillon, celui qui va lui permettre d’atteindre un score incroyable au Premier tour de la Primaire et de remporter par un score encore plus impressionnant la nomination de la Droite à l’élection présidentielle. Cela, notamment en ralliant tous les mouvements catho-tradis à la cause de François Fillon. Plus on est de fous plus on rit. Ainsi, Sens commun, le courant de la Manif pour tous au sein du parti Les Républicains va ardemment soutenir le député de Paris. De la même façon, Fillon va apporter très tôt son soutien aux chrétiens d’Orient, se rendant même en Irak pour les rencontrer. Au-delà de ce soutien symbolique, le candidat à l’élection présidentielle sillonne le pays, mais, peu photogénique et loin d’être doté du charisme d’un Sarkozy, il ne bénéficie pas d’une couverture médiatique exceptionnelle. Peu importe. L’homme de la Sarthe bat le pavé et rencontre des milliers de préfets, s’implante localement en arrachant le soutien des petits élus (ce qui sera très utile pour sa campagne de terrain à proprement parler, en 2016). 

Mi-biker mi-hindou

Mi-biker mi-hindou

C’est en fait l’histoire de sa campagne. “Invisible” de son surnom, François Fillon travaille en silence, avance ses pions, bien aidé par le stratège Stefanini. Moins médiatisé que Copé ou Le Maire jusqu’à avant les débats de la droite, qui lui auront donné l’exposition nationale dont il avait besoin pour convaincre les électeurs conservateurs et un peu masos : au contraire de ces deux concurrents, il n’aura par exemple fait la Une d’aucun hebdomadaire national avant l’élection.

Le seul qui depuis le début croyait à la victoire de M. Fillon n’est autre que lui-même. Convaincu que son travail de fond, réalisé de 2012 à aujourd’hui allait payer, il ne s’est pas inquiété du peu d’exposition dont il bénéficiait. Cette stratégie était, sans conteste, la bonne. Juppé, qui était déjà en campagne présidentielle, ne voyant la Primaire que comme une formalité passée d’avance, vient d’être la victime de l’un des plus beau coups politiques de ces dernières années. On ne parlera plus de Balladur, mais bien de Juppé.

Comme quoi, il est très difficile de gagner lorsque l’on a une calvitie.

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