En 2016, force est de constater que le rap français se porte bien. C’est l’année des albums de grands et des EPs de moins grands, des clips toujours plus beaux, un paysage toujours plus vaste pour les auditeurs et un horizon toujours plus attrayant et rassurant pour l’avenir des artistes. La récente attribution des titres « d’homme d’affaires de l’année » à Booba et « d’homme le plus stylé de l’année » à Nekfeu par GQ Magazine en sont de parfaits exemples. Revenons cependant sur une nouvelle génération qui arrive en masse, et qui tente de marquer au fer rouge le rap français.

Nekfeu pour GQ

Nekfeu pour GQ

Une autre chose nous a fait tiquer : finie l’époque des querelles enfantines sur Instagram, croyez-le ou non mais il semblerait que les rappeurs aient grandi et qu’ils se soutiennent mutuellement (excepté Elie qui continue à flinguer tout le monde, bien entendu).

Bien visible, le nouveau don de force de la nouvelle génération passe par :

– Des dédicaces dans les tracks (exemple: l’Ordre du Périph’ – MTH),

– Des feats (exemple: Lesram x Limsa d’Aulnay)

– Des invitations à des concerts (Nekfeu x Panama Bende)

– Planète Rap, des Grünt ou des freestyles communs (Lpee [LTF] x Majin Killaz)

A quoi pourraient être dus ces liens qui semblent se créer entre les différents équipages ?

Tout d’abord, une proximité géographique est l’explication la plus probable. A quelques exceptions près (Ash Kidd, 667, Joke, Gradur…), la majorité du rap français est originaire de la capitale.

Rares sont ceux qui proviennent du 16ème arrondissement, ou même de l’Ouest de Paris de manière générale. On réduit alors la zone à l’axe Nord-Sud, et à l’Est (rappelons que l’Est de Paris était à l’origine destiné à la construction de logements ouvriers et que c’est ici que la classe populaire s’est installée au fil du temps) L’implantation du rap dans cette zone, musique majoritairement populaire, n’est que peu surprenante. C’est en réalité une grande bande de potes qui s’est séparée en petits groupes qui sévit actuellement sur les ondes. Tous se connaissent, grâce aux open mics, aux amis d’amis, au bouche à oreille, à leur public commun et aux réseaux sociaux parfois. Lesram par exemple, est membre du Panama Bende et des Tontons Flingueurs.

Les tontons flingueurs

Les tontons flingueurs

La deuxième raison, qui s’impose d’elle même, est l’âge. Le Dojo Klan, l’Ordre du Périph’, Les Tontons Flingueurs, le Panama Bende, la 75ème Session, sont de la même génération des 17-25 ans. Ainsi mêmes problèmes, mêmes préoccupations et mêmes aspirations facilitent le contact, consciemment ou pas. Les interactions sont aisées, et un vivier en ébullition se forme.

Tout le monde bosse avec tout le monde – comme Sheldon, beatmaker de la 75ème Session ayant entièrement produit Ex Nihilo, le premier EP solo de Lu’Cid (LTF) – tant que le projet plaît. Prions pour que tout ceci ne se mue pas en panier de crabes d’ici quelques années. De plus, le rap reste un mouvement musical relativement fermé et difficile d’accès pour qui veut s’y introduire sans en connaître les codes.

Le fait de venir du même endroit facilite l’intégration et permet de revendiquer une appartenance à telle ou telle mouvance, permettant ainsi l’émergence de plus de talents.

Que peut-on en retirer ?

Tous ces groupes et artistes ne sont pas au même niveau de notoriété, ce qui permet à certains d’en retirer une visibilité nouvelle et à d’autres d’exporter leur musique vers un public différent de celui auxquels ils sont habitués. On pense pour ce dernier exemple au récent featuring entre Dosseh, habitué à évoluer en eaux troubles, et Nekfeu, un rappeur qui pourra être considéré comme plus facile d’accès. Enfin, certains rappeurs naissants s’améliorent grâce à une nouvelle approche et une nouvelle vision de leur passion, grâce à cette nouvelle vague de jeunes qui grandissent avec eux.

Lock Dog, rappeur bordelais

Lock Dog, rappeur bordelais

Le public reste simple spectateur et receveur de ces interactions, pour le meilleur comme pour le pire. Cette nouvelle vague, que l’on peut sans peine qualifier comme telle, réussira-t-elle à s’engouffrer par la porte qu’ont ouvert l’Entourage et 1995 en 2011, pour à leur tour rendre le rap français plus accessible ? Ou préfèreront-ils faire revenir leur art à ses prémices, en tant que musique underground ?

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