La partition était parfaite. Ce 1er juillet 2006, Zinedine Zidane est parvenu à élever le football au rang d’art. Là où le grand public se souviendra de son doublé en final du mondial 98, les amoureux du beau jeu n’oublieront jamais que le quart du final du mondial allemand est le plus grand match de la carrière du numéro 10.

 

Au coeur de la ville natale de Goethe, Zidane a offert au monde l’un des plus beaux chefs-d’œuvre du romantisme. A la fois compositeur et interprète, le capitaine de l’équipe de France a livré un match pour l’éternité. Le préambule est connu. Revenu en sauveur de la patrie quelques mois avant le mondial 2006, Zidane galère tout autant que ses coéquipiers lors d’une phase de groupe maussade. Puis vient le déclic espagnol. La France écrase la Roja, emmenée par un Zizou de gala. Le public sent que quelque chose est en train de se passer, et le soutien national est au rendez-vous lorsque les Bleus se présentent face au Brésil en quart-de-finale. Le Brésil de Ronaldo, Kaká, Ronaldinho, Juninho, Cafu ou encore Roberto Carlos. Autant de génies relégués au rang de figurants, éclipsés par le génie de l’homme aux Predator dorées.

37 secondes de jeu. Zidane se défait de Ze Roberto et de Kaká en une touche de balle, avant d’effacer Gilberto Silva d’un passement de jambe parfait. Les premières acclamations descendent des tribunes, et le maestro démarre son récital. Quatre-vingt dix minutes parfaites, au cours desquels le numéro 10 français danse ballon au pied. Le Joga Bonito de la seleçao n’a jamais paru aussi terne, condamné à la nuit face à l’insolente succession de dribbles et de caviars distillés par Zidane. Là où seul le spécialiste peut réellement apprécier le travail de l’ombre d’un milieu de terrain besogneux, le poste de chef d’orchestre du madrilène confère à son art une parfaite universalité. Nul besoin d’être un expert du jeu pour apprécier la beauté pure de la technique et des inspirations de Zidane. Ce soir-là, Yazid est sur le toit du monde.

Voyant, magicien et esthète

Des jongles pour se défaire de Kaká, un sombrero sur Ronaldo, une ouverture parfaite après avoir humilié Lucio et Gilberto Silva, des contrôles orientés irréels, des passes qui le sont tout autant. ZZ a tout réussi. Plus de dix ans après ce match, on ne peut s’empêcher d’être subjugué par la façon qu’avait Zidane de sentir le jeu. Lors de ce quart de finale, le capitaine des Bleus était en avance sur tout le monde. Les adversaires, ses coéquipiers, l’arbitre, le public, tous découvraient en même temps ce que Zidane prévoyait avant même de recevoir le ballon. Le futur coach du Real Madrid fait la différence dès la première touche, caressant la balle avec une infinie finesse. Ses partenaires se mettent au diapason, et la France domine le Brésil. Et qui d’autre que Zidane pour délivrer un amour de coup-franc à un Thierry Henry libre de tout marquage au deuxième poteau ? La France mène 1-0 et file vers les demi-finales.

Dans le superbe documentaire Rendez-vous un 9 juillet, l’ancien Gunner décrit la performance de son capitaine avec classe : « C’est français ». Assurément la plus grande performance individuelle de l’histoire des Bleus, le match de Zidane face au Brésil est l’une des plus belles prestations produites sur un terrain de football. A 34 ans, à quelques semaines d’une triste fin que l’on connaît tous, Zidane a atteint son apogée. Qualifié par le Roi Pelé de « Magicien », il a ce soir-là transformé le jeu, lui conférant une dimension qui flirte avec le sacré. De par son génie, sa sobriété et son élégance, Zidane a survolé le Brésil. Un alchimiste dont Goethe n’aurait osé renier le talent.

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