Sterling Ruby est un artiste américain contemporain majeur, né en 1972. Il a exposé dans les plus grands centres d’arts. Cet artiste très actif travaille beaucoup, beaucoup de médiums différents (vidéo, peinture, sculpture, couture, collage, céramique, volume, installation,…). Il dissocie, assemble, recompose, mélange techniques et inspirations, pour créer un univers complexe et décomplexé qui a pour intention de remettre en cause des idées fixes. Ce qui devient le centre de son oeuvre, il le compose avec ce qui n’est pas censé aller ensemble. Il dira :

“Il y a juste trop d’informations sur terre pour que les choses soient cohérentes ou soient un tout.”

Une partie du travail de Ruby peut être qualifiée de post-humaniste (courant de pensée à propos du rapport/de l’évolution de l’homme et des technologies). Car, on en a tous conscience, l’avancée technologique change notre rapport temps/espace, l’information prolifère, elle est synthétisée et devient fragmentée. Son travail est une métaphore de nos sociétés, comme si il se donnait la possibilité de remettre bout à bout ces morceaux épars afin de créer un univers sans hiérarchie ni limites.

Apha Tiers 2, 2008

Apha Tiers 2, 2008

Cet artiste s’inspire de manière assumé d’autres, mais en rajoutant (enlevant, mélangeant,… vous avez compris) toujours des éléments extérieurs, ce qui lui donne sa particularité. Il est marqué par le minimalisme (“less is more”), le mouvement anti-forme (valoriser la matière plus que la forme finie de l’oeuvre, qui peut donc se transformer et être éphémère). On a associé son travail à ceux de Mike Kelley, Robert Rauschenberg, Paul McCarthy, Kasimir Malevich, ou encore au Color Field Painting de Mark Rothko.

A travers son travail ce sont les Etats-Unis qui sont décriées. Marqué par la sociologie, l’artiste veut recréer “l’espace psychologique où l’individu est confronté aux contraintes sociales”. Pour ce faire il s’inspire d’une multitude d’aspects: la marginalisation de certains groupes sociaux, de certains troubles psychologiques (schizophrénie et paranoia) , du gaspillage et de la société de consommation, de l’architecture moderne, du graffiti, de la culture hip-hop et punk, des cultes, de la violence (à travers la sécurité des prisons, les gangs) -voir l’expo “Supermax” plus bas-, des codes de la masculinité, de la domination des USA et de son déclin,…

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Cette pièce angoissante est une réaction très critique au programme Supermax (à la base “super maximum security”: appellation du système de contrôle des prisons aux Etats-Unis réservé aux criminels les plus dangereux) qui consistait à isoler des prisonniers 23h par jour. Il se base sur l’architecture de Pelican bay, prison de haute sécurité. Ainsi, il dénonce les conditions extrêmes de captivité des prisonniers, ainsi que la paranoia générale envers les délinquants, notamment depuis les attentas du 11 septembre 2001.

 

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Dans série de céramiques “Basin Theology”, les morceaux d’anciennes céramiques cassées sont assemblées grâce à un processus de glaçage, puis sont brûlées, cela plusieurs fois de suite.

Au-delà du résultat final, ce qu’il faut voir dans le travail de Sterling Ruby, c’est la démarche de sa production artistique. Il utilise ce qu’il a raté. La céramique qu’il a fait s’est cassée ? Il utilisera les morceaux dans un des ses prochains projets. Sa démarche remet en question l’échec, les mauvaises expériences, en bref la valeur des choses. Créer à partir de ce qui est détruit, est pour lui une façon de se libérer des mauvaises expériences, ce qui donne à son travail une portée autobiographique, voir thérapeutique.

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Sterling Ruby a réalisé de nombreux types de collages. La série “BC” (Bleach Collage) est faite principalement avec différents tissus collés sur du denim passé à la javel. La série “EXHM” (abréviation de l’artiste pour le mot “exhumation”) est réalisée avec des objets trouvés autour de son studio,de l’uréthane et du carton.  Le principe reste le même, il reconstruit le déconstruit. Ce qu’il trouve, choses destinées à être jetées, il les réinsèrent dans ses productions plastiques. Ces travaux font échos aux déchets et au gaspillage produits en masse par l’industrie.

La série de peinture SP, sont des oeuvres abstraites, réalisées à la peinture en spray. Il utilise de très grands formats. A travers ces peintures, Sterling Ruby parle du graffiti, des gangs et de l’utilisation du territoire urbain. Il efface toute sorte de trace de possession, pour rendre un travail qui n’a plus de sens ou de hiérarchie.

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En plus des tissus utilisés pour ses collages et de la couture qu’il pratique, Ruby insère son travail dans le milieu de la haute couture. Le créateur Raf Simons (à l’époque directeur artistique chez Dior) et l’artiste se lient d’amitié et collaborent. Ruby faisant déjà de la couture, il participe à tous les processus de création des vêtements, non pas seulement des imprimés comme cela se fait souvent lors d’une collaboration entre un fashion designer et un artiste. Les deux hommes aux esthétiques très différentes délivrent des pièces très riches.

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Ruby a un côté provocateur, voire pervers, car il veut perturber le spectateur. En lui projetant son univers visuel lourd de sens, il joue sur les sensations que l’on peut avoir lorsque l’on voit ses oeuvres, notamment avec la pièce “The Masturbators” exposée en 2009.

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Cette installation se compose de 9 écrans où sont projetés des vidéos de pornstars (masculines) en train de se masturber face à la caméra. Les acteurs sont donc performers, et le spectateur est positionné en tant que voyeur. Cette installation à une double portée: celle de remettre en question la performance de l’artiste seul dans son studio, mais aussi d’exprimer le regard critique qu’il porte sur l’industrie porno, tournant en dérision ces hommes au corps musclé, tatoués qui gémissent de manière lugubre. La masculinité est alors réduite à son cliché.

Cet artiste a beaucoup de succès dans le monde de l’art, et il n’est pas prêt de s’arrêter là. Il continuera de bousculer les moeurs, avec son esthétique punk facilement reconnaissable.

 

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