Un fantasme se développe chez les jeunes aujourd’hui: celui de devenir modèle, voire mannequin, traduction d’un besoin d’attention permanent et intarissable.

Les nouvelles générations rêvent de plus en plus d’intégrer le monde très fermé de la mode et plus particulièrement du mannequinat. La première cause ? L’explosion des réseaux sociaux rendant le métier d’apparences plus accessible, célébrant le “culte du moi”, et propulsant des inconnus au statut de célébrités. Ainsi, le très osé #scoutme (recrutez-moi en anglais)  destiné aux recruteurs et chercheurs de têtes a été utilisé 157521 fois sur l’application Instagram.

De même, depuis 1983, le concours international de mannequinnat Elite Model Look a toujours autant de succès chez les teens et fait encore rêver. Les files d’inscriptions sont encore très longues à chaque ville lors du casting annuel, casting souvent retenté chaque année par les déçus, essayant de participer dans d’autres villes…

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Casablancas, fondateur de l’agence Elite entouré de ses mannequins

Des personnes bercées d’illusions courant après un rêve de paillettes très souvent désillusionnées… Car la société d’aujourd’hui impose des standards infinis, toujours plus extrêmes.

Malgré les efforts grandissants de la part des gouvernements avec par exemple la loi adoptée en décembre 2015 en France (« l’état de santé du mannequin, évalué notamment au regard de son indice de masse corporelle (IMC), est compatible avec l’exercice de son métier »), c’est les mentalités qu’il faut changer. Le fléau des “clichés” est bien réel. Anorexie, dépression, isolement social en sont les principaux. Victoire Maçon Dauxerre, ex-mannequin Elite, l’explique dans son livre Jamais assez maigre, journal d’un mannequin: “Ça touche surtout les filles, mais c’est de plus en plus présent aussi chez les jeunes hommes. De plus en plus, les créateurs veulent des corps androgynes, des corps d’enfant, grands, mais sans formes. La seule différence, c’est pour les shootings. On veut des garçons très musclés.”

Selon Karl Lagerfeld, “Personne n’a envie de voir des femmes rondes défiler sur un podium.” En effet, le mannequin parfait aurait une morphologie robotique: avec des proportions anormales, un corps longiligne, une symétrie des traits… Le souhait ultime du créateur étant de transposer son croquis à la réalité, il cherche à retrouver la légèreté de son esquisse dans le corps de ses mannequins. On le dit très bas, mais un vêtement tombe mieux sur un corps dépourvu de formes. Mais pourquoi? “Visuellement, dans un défilé, la minceur allonge”, selon l’historienne de la mode Florence Müller, “et cet allongement idéalise la silhouette. La minceur permet avant tout de se rapprocher d’un idéal d’allure.”

 Même les mannequins grandes tailles ont une morphologie très peu commune. Une taille extrêmement définie est exigée par exemple, il ne suffit point d’avoir des courbes, il les faut réparties de façon presque divines.

Mais là ne sont pas les seules limites de ce métier qualifié facile. N’oublions pas les problèmes de mœurs de ce milieu éphémère et instable. Le mannequin n’est souvent que très peu considéré, véritable porte-manteau vivant. À la merci des personnes bien implantées, la fin justifie souvent les moyens. Demandes déplacées, égoïsme, superficialité et perfidie de ce monde impitoyable par exemple. Des anecdotes pleines de noirceur que l’on croit légendes urbaines sont pourtant bien factuelles.

Extrait du clip vidéo de Beyoncé pour son titre “Pretty Hurts” dénonçant les pratiques des filles, ici en se faisant vomir

Cependant, ces phénomènes ne datent pas d’hier et sont bien connus. Telles des pommes de discorde, la dureté de ce milieu pousse parfois aux limites de l’Homme. Alors pourquoi continuer à vouloir se voir ainsi?

Tout d’abord, les raisons évidentes, telles que l’attractivité de ce métier jugé facile: “payé pour se faire prendre en photo et marcher en ligne droite”. Et très bien payé. En effet, des sommes peuvent atteindre des nombres à trois chiffre horaires pour un mannequin débutant, selon le poids financier du commanditaire et des droits de diffusion.

Entre 2015 et 2016, Kendall Jenner a été payée 10 millions de dollars (hors taxes) et Gigi Hadid, pour sa part a gagné 9 millions (hors taxes). Même si les deux jeunes filles sont beaucoup plus exposées digitalement, elles restent loin derrière Gisele Bündchen, ayant touché un cachet de 35 millions de dollars (hors taxes) et tient la première place du podium, selon Forbes magazine. Les mannequins hommes traditionnellement considérés comme “accessoire” dans ce milieu, ont un salaire annuel beaucoup plus faible, d’environ 25%. Toujours selon Forbes magazine, le mannequin homme le mieux payé est Sean O’pry, rémunéré 1,5 million de dollars (hors taxes) entre 2015 et 2016.

 Cependant, rappellons que seules les grandes compagnies pour une campagne publicitaire à échelle nationale ou internationale sont capables de participer à un tel cachet, et ce ne sont pas forcément les plus glamour. Les shootings photos exigent également une condition physique athlétique, dans des conditions parfois difficiles durant des heures: température, vent, inconfort des vêtements souvent qu’au stade de prototype prêts à s’écrouler au moindre mouvement, chaussures, maquillage, poses inconfortables… Il ne suffit pas de se tenir droit. Il se faut de plus accepter sans broncher les critiques des photographes, oubliant son ego, au service du beau. Les grandes marques de couture ayant souvent un chiffre d’affaire inférieur aux marques de prêt-à-porter, leur budget consacré à la rémunération des modèles est forcément inférieur. Ainsi, les mannequins qui défilent durant les différentes fashion weeks ne sont payées qu’au mérite qu’ils vont tirer d’avoir marché pour telle ou telle marque. Leurs agences leur permettant le déplacement en couvrant les frais de transport et d’hébergement, souvent au travers d’appartement achetés par les agences, prêtés au mannequins. Ce dont vivent les mannequins, c’est les essayages de vêtements pour différentes marques: un aspect très peu retenu du grand public.

“De plus en plus, les créateurs veulent des corps androgynes, des corps d’enfant, grands, mais sans formes. La seule différence, c’est pour les shootings. On veut des garçons très musclés.”

 La pensée de représenter un idéal de beauté est réconfortante et représente l’un des facteurs de la volonté de faire partie d’un monde très coté. Cependant, cet idéal inclut une routine de préparation assez importante de la peau par exemple, notamment en Asie. La condition physique exigée est également très contraignante, le sport est omniprésent pour conserver les mensurations idéales. Par ailleurs, cette beauté n’est parfois pas vraiment un cadeau. Lors d’une rencontre avec un Ian, jeune irlandais de 20 ans il y a quelques temps, il nous a confié: “Certes, je suis considéré comme beau et je le sais. Je sais que lorsque je passe les filles se retournent. Mais c’est presque devenu un fardeau: on sait jamais si la personne nous aime pour notre physique, alors on sort entre nous, mannequins. Ça limite les dégâts.”

Cependant, le peu de de mannequins considérés comme des superstars et nouvelles égéries perpétuent l’attractivité du métier. Citons par exemple Gigi Hadid (25 mio abonnés instagram) et Kendall Jenner (68.2 mio abonnés instagram) qui lancent respectivement des collections en collaboration avec Tommy Hifliger et Topshop, ou encore Cara Delevigne (35 mio abonnés instagram) qui a décidé de mettre de côté le mannequinnat pour se consacrer au cinéma, et Kiko Mizuhara (4mio abonnés instagram). Pour les hommes, citons ainsi Lucky Blue Smith (2.6 mio abonnés) ou Francisco Lachowski (1.4 mio abonnés). Rappelons que Barack Obama à en ce jour 9.9 millions d’abonnés sur instagram.

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Des émissions de télé-réalité sur le sujet sont crées juste après “l’ère des supermodels” car ce phénomène intrigue et intéresse: Top Model USA de Tyra Banks est diffusée depuis 2003 et entame sa 22ème saison. L’audience moyenne des premières de chaque saison est de 3.35 millions de téléspectateurs.

En Asie du sud, des pratiques telles que la chirurgie sont très communes en vue d’atteindre un idéal particulier. La culture de la beauté est assumée, notamment en Corée mais surtout la jalousie féminine atteint un niveau supérieur dans les showrooms asiatiques. Le sabotage y est permanent et va jusqu’à détruire le visage des concurrents à l’acide. Tout cela est du à l’importance des enjeux et au fait que l’économie du pays est en partie maintenue stable grâce aux “Idols” à l’image polie, des stars de plus en plus complètes: danse, chant, mannequinat, jeu d’acteur. L’industrie du show-business y est extrêmement popularisée et les actions de chaque célébrité ont des conséquences économiques et sociales (développement de marques, influence publicitaire…) en tant que modèles et représentants d’une société donnée. 

Enfin, ce métier très “à la mode” en ce moment, bénéficie du rapprochement entre la mode et les autres arts, ce qui le rend encore plus attractif. En effet avec Travis Scott nouvelle égérie Saint Laurent Paris, A$AP Rocky et Rihanna celles de Dior, Léa Seydoux égérie Louis Vuitton, Willow Smith celle de Chanel, les célébrités/artistes d’aujourd’hui posent pour les plus grands

 

 

A$AP Rocky pour Dior Homme FW16

Dans la continuité de cet article, la rédaction de Views vous propose une sélection d’œuvre traitant sur le même sujet:

 

 

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