Pourquoi l’Académie suédoise Nobel a-t-elle eu raison de récompenser un chansonnier, un certain Bob Dylan ? Retour sur la controverse qui a bouleversé la littérature et le monde de la musique en 2016.

Monsieur le Procureur, quels sont les faits ? Le « crime » a eu lieu le 13 octobre. L’académie suédoise, responsable de remettre chaque année les prix Nobel, a récompensé Bob Dylan dans le domaine de la littérature.

L’académie est décriée alors que le principal intéressé faisait « silence radio » jusqu’au 29 octobre dernier dans un entretien destiné au Daily Telegraph, où il affirme que cette récompense est «difficile à croire » : Dylan a-t-il volé sa récompense ? Elément de réponse.

Par définition, le prix Nobel récompense les personnes « ayant apporté le plus grand bénéfice à l’humanité », et, dans le cas de la littérature, ce prix récompense « l’œuvre littéraire la plus impressionnante ».

Mais voilà, du haut de ces 37 albums, de ces centaines de concerts, auteur de plus de 500 chansons durant ces 54 années d’activités (jusqu’à ce jour du moins), Dylan n’est pas considéré comme un « réel écrivain ».

La polémique fait en effet autant débat dans le milieu littéraire français que par-delà nos frontières. Pierre Assouline (journaliste et membre de l’Académie Goncourt) dénonce «ce bras d’honneur fait à la littérature américaine» dans son article publié dans La République des Livres le jour même de l’annonce du résultat. Alain Finkielkraut (philosophe membre de l’Académie française) regrette, quant à lui, «que la musique de variété et de rock soit en train de coloniser le reste de la culture» dans l’émission L’Esprit de l’Escalier. Du côté anglo-saxon, les critiques se montrent beaucoup plus piquantes. De nombreuses tribunes de quotidiens nationaux dénigrent le fait que Dylan « ne soit qu’une étoile pâle qui gratouille une guitare, eux (les lauréats précédents), sont des soleils autour desquels nous orbitons » (Tim Stanley dans The Daily Telegraph). Irvine Welsh, l’auteur écossais de Transpotting, critique, sur les réseaux sociaux, le fait que la distinction entre littérature et musique ne soit pas faîte.

Mais du haut de ce bras de fer auquel les différentes opinions divergent, l’académie reconnaît à Bob Dylan la capacité « d’avoir su créer de nouvelles expressions poétiques dans la grande tradition américaine de la chanson ».

De ce troubadour américain, on retiendra tout d’abord ses prises de position : se levant pour le pacifisme avec sa guitare. Des morceaux comme Blowin’in the Wind ou The Times They Are-a Changin sont les symboles de cet esprit protestataire au début des années 60’.

Mais nous ne pouvons résumer Dylan à un simple compositeur de « protest-songs ». On relèvera ensuite sa poésie dans son œuvre avec des morceaux comme All Along the Wachtower et Like a Rolling Stone.

De par la qualité de sa prose, et sa grande musicalité, Dylan est un immense auteur.

Prenant ses sources dans le Minnesota (né à Duluth) avec le rock de Presley (pilier du rock « moderne »), le barde américain a révolutionné la musique en même temps que le prix Nobel. Dylan peut se considérer comme le maître du folk, de la country, du blues, du rock ; en bref, maître là où le sens du texte atteint son apogée. Si Elvis est « The King », Bob est alors « The Master ».

Avec un style de composition qui lui est unique, nombreux sont ceux qui ne sont pas en adoration devant cet artiste. Mais Dylan, on ne l’aime pas, on apprend à l‘aimer. Il a laissé son empreinte dans le monde musicale ; nombreux sont les Bowie et autres Beatles à avoir cité son nom en tant que référence et source d’inspiration.

Il a su raconter ses histoires et ses mots d’une nouvelle façon, à travers ses chansons, qu’on peut qualifier une par une de chefs d’œuvres. Si le problème revient à se demander : « La chanson est-elle de la littérature ? », pour la chanson, difficile à dire, mais la chanson « dylanesque », l’est indéniablement.

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