Paul Mougeot est un photographe de 21 ans, originaire de Paris. Il est actuellement étudiant à la prestigieuse École des Gobelins. Views a rencontré cet artiste prometteur qui prépare actuellement sa première exposition.

Depuis quand est-ce que tu fais de la photo ?

Ça doit faire deux ans et demi. Depuis que je suis tout petit on m’a toujours emmené voir des expositions diverses, et surtout des expos de photographie, et puis un jour j’ai emprunté l’appareil de mon père et je me suis dit que j’allais apprendre à faire marcher cet engin (Rire). Et depuis, les choses ont évolué petit à petit.

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Et du coup, tu as décidé de te diriger vers des études de photos c’est bien ça ?

J’ai fait un Bac pro graphisme et en terminale je faisais plus de photo que tout autre chose. Du coup après, j’ai fais les Ateliers de Sèvres en photographie, qui m’ont permis de passer des concours : j’ai été admis aux Beaux-Arts de Paris, à l’École nationale d’Art de Cergy, et aux Gobelins. J’ai choisi les Gobelins.

“Mon travail s’apparente à un travail topographique sur la ville”

C’est pas mal comme parcours. On sent dans tes photos qu’il y a un côté très cleané, très travaillé. Quel est le genre de photos que tu veux prendre ?

Aujourd’hui, mon travail s’apparente beaucoup à un travail topographique sur la ville. Ce qui m’intéresse, ce sont les divers changements du paysage urbain, des espaces en pleine transformation ou en fin de vie. Je fais également beaucoup de photo de rue reprenant la tradition des instants décisifs.

Sur la ville et sur Paris plus précisément ? Même si tu fais des photos dans un grand nombre de villes j’ai l’impression que t’es assez fasciné par celle-là en particulier et que t’arrives particulièrement bien à la saisir ?

Je travaille essentiellement en rapport au projet du Grand Paris, oui. Paris représente beaucoup de choses pour moi, je connais un peu tous ses recoins maintenant, même si de jour en jour j’y redécouvre des choses.

Tu penses quoi des transformations que le projet du Grand Paris provoque sur l’urbanisme ?

Je n’essaie pas d’y porter un regard critique mais plus d’en faire un constat, un constat direct sur l’état de certains lieux, où la nature pourrait y reprendre ses droits, où l’on pourrait dévier sur un autre monde : une sorte de réalité fictive.

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Tu parlais des instants décisifs tout à l’heure. Tu as été inspiré particulièrement par quels photographes ? Et dans la vie quotidienne, c’est quel genre d’action, de scène ou quoi que ce soit d’autre qui retient ton attention ?

Oui, j’ai débuté par la photo de rue. Des gens comme Gary Winogrand, Vivian Maier, Joel Meyerowitz, Bruce Gilden, Bruce Davidson… Ils m’ont tous inspiré. Je suis aussi énormément influencé par la photographie américaine en ce qui concerne la photo de rue notamment.

“Les gens sont un peu perdu aujourd’hui, parce que nous sommes bombardés d’images”

Le doc sur Vivian Maier était exceptionnel, c’est vraiment énorme ce qu’elle a fait et pourtant personne ne le savait. Est-ce que tu penses que la place de la photo a changé avec Internet ?

Un de mes film préféré, j’ai du le voir trois ou quatre fois (Rire). Je pense que c’est la grande question de notre siècle pour la photographie ! Bien évidement, dans un cadre professionnel cela permet à beaucoup de gens d’avoir une visibilité, un échange, voire d’obtenir du travail. Et je pense que les gens sont un peu perdu aujourd’hui, dans le sens où nous sommes bombardés d’images, et s’il ne porte pas forcement attention à un travail de qualité je pense qu’il est facile de se diriger dans de mauvaises directions. Mais, bon, ce n’est que mon avis de jeune photographe, il me manque encore du recul pour y porter un regard plus précis. Après, il y a tellement de manières d’utiliser la photographie que c’est impossible de dicter des “règles” et puis, de toutes façons, ça ne sert à rien.

Et du coup, Vivian Maier aurait de nos jours été une star d’Instagram ?

C’est difficile à dire. Je pense que  Vivian aurait pu avoir un compte Instagram, mais il aurait sans doute été en “privé”…

C’est intéressant ce que tu dis sur les gens qui ne savent pas forcément se diriger d’eux-mêmes dans la “bonne direction” en matière de photo, parce que, malgré ça, on voit qu’un travail de qualité comme le tient a une audience, tu as par exemple plus de 7 500 abonnés sur instagram. C’est énorme, particulièrement quand on voit que des photographes établis comme Martin Parr atteignent difficilement les 100 000 abonnés. Tu expliques ça comment ?

Instagram représente pour moi une plateforme professionnelle et commerciale, qui me permet de poster une partie de mon travail. Et je l’utilise aussi pour prendre en photo des trucs que je kiffe, sans but ni propos particulier. Après ca doit être sûrement être dû aussi à la hype de certaines choses que je poste, comme les vêtements et les sneakers. Sinon mon travail sur l’exploration urbaine fascine aussi beaucoup de gens.

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“L’aspect esthétique m’importe de moins en moins pour mon travail personnel”

Il y a toujours un point commun entre tes photos c’est la façon dont tu utilises la lumière, et la façon dont tu rends les photos au final, malgré toutes les différences entre les photos ça permet de leur trouver un “style” commun. Tu fais ça comment, et pourquoi ?

Je pense que cela fait partit de la façon dont je travaille et que inconsciemment il y a une certaine unité cohérente qui se crée dans ce que je fais. Alors après, bien sûr, le fait que mes propos soient cohérents, j’y travaille, mais l’aspect esthétique m’importe de moins en moins pour mon travail personnel. En fait, plus je vois de nouvelles choses plus ça m’intéresse.

Une chose qui est vachement plaisante dans tes photos, au delà de cette cohérence inconsciente, c’est la diversité des villes et des lieux que tu visites et photographies. Pour toi le voyage est une raison de prendre des photos, ou tu vas en voyage spécifiquement pour les photos ?

J’ai la chance de pouvoir voyager et j’adore cela, je suis très curieux et partir découvrir de nouveaux lieux c’est un vrai kiff pour moi ! Le voyage est essentiel. Je ne me déplace jamais sans mon appareil donc que je parte pour faire des photos ou que je parte quelque part pour visiter un endroit importe peu car j’ai toujours mon appareil sur moi et dans ma tete je ne me focalise que sur une chose : ce que je vois, et donc ce que je veux prendre en photo.

C’est comme ça qu’est né ton bouquin de street photographie ?

Non (Rires). En fait, j’ai présenté une sélection de mes photos de rue à des profs des Ateliers de Sèvres, et ils m’avaient demandé ce que je comptais faire de ces photos. Un de mes profs m’a proposé d’en faire une édition et j’ai posté cette édition sur les réseaux sociaux.  Vu que plein de monde en voulait, j’ai eu envie de la partager donc d’en imprimer plus, et ça a donné mon livre de street-photographie.

Qu’est ce que tu espères faire avec la photographie ? 

Aujourd’hui j’espère pouvoir continuer et mener à bien mes séries, et utiliser la photo pour transmettre ma vision de l’état actuel ou futur des choses. Je n’en suis encore qu’au début, c’est dur de se projeter.

Du coup c’est quoi la suite immédiate pour toi ? Un nouveau book ? Des projets que tu diffuseras ?

Je fais un vernissage début novembre dans le cadre du Festival photo de Saint-Germain. Je travaille aussi sur un projet de collectif-agence que je suis entrain de monter. Et puis, à côté, je continue mon travail en développant des sous-parties, afin de pouvoir assembler le tout et faire fonctionner les séries entre elles.

Vous pouvez retrouver Paul sur son Instagram en cliquant ici, et en exposition du 4 au 19 novembre de 12h à 19h à la Galerie de l’Atelier de Sèvres, Rue Dupin, 75 006 Paris. Vernissage le 3 novembre.
Son livre de street-photographie est disponible en cliquant ici.
Toutes les photos de l’article sont la propriété exclusive de Paul Mougeot. 

 

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