Difficile de rater cet événement aux airs de miracle. Après 52 ans de guerre et 4 ans de pourparlers, les accords de paix entre les FARC et le gouvernement colombien ont été signés par Timochenko – chef de l’organisation – et Juan Manuel Santos, président. Ceux-ci garantissent le cessez-le-feu, l’abandon des armes et la sécurité dans une Colombie où plus de 260 000 personnes ont été victimes de la guérilla communiste. Le gouvernement s’engage également à investir pour le développement rural ainsi qu’à faciliter l’inclusion des FARC en tant que parti politique légal, preuve du chemin parcouru depuis leur combat populiste initial.

Le 2 octobre, malgré 62,6% d’abstention, 50,2% des colombiens ont voté contre les accords de paix lors du référendum.

«farc-epeace» est le nouvel intitulé du site des FARC. Tantôt définie comme étant une guérilla communiste, tantôt jugée de groupe terroriste par de nombreux pays de l’hémisphère nord; cette organisation souvent diabolisée tente de récupérer une certaine légitimité, son esprit d’origine estompé par les récents conflits.

Créées en 1964, les Forces Armées Colombiennes sont en réalité nées d’un événement marquant datant de 1948. L’assassinat de Jorge Eliecer Gaitán – avocat marxiste et leader libéral dont le but était de mobiliser les classes populaires face à l’oligarchie – provoque une longue série de révoltes à travers la Colombie, surnommée «el bogotazo». S’en suit alors une violente répression militaire ainsi qu’une guerre civile. Des milices combattant l’influence états-unienne, les multinationales et la privatisation de l’exploitation des ressources naturelles se forment alors, se liant au Parti Communiste Colombien afin de former les FARC.

«Au peuple colombien rêvant de paix, comptez sur nous. La paix triomphera». Cette promesse tirée du communiqué des FARC suite au résultat négatif du référendum laisse aussi perplexe qu’optimiste. Le président colombien Juan Manuel Santos a par ailleurs affirmé dans un tweet que le cessez-le-feu resterait en vigueur. Tout porte à croire que la Colombie progresse enfin vers une ère pacifique, mais l’Amérique Latine n’a jamais été réputée pour sa tranquillité. Ces accords de paix aux promesses grandioses cachent plusieurs données remettant en cause leur tangibilité. Parmi les 17 500 membres de l’organisation colombienne, beaucoup évoquent la peur d’être massacrés s’ils baissent les armes. En effet, le même cas de figure avait bousculé la vie politique du pays dans les années 80, lorsque de 3 600 à 5 000 membres et 2 candidats présidentiels du parti socialiste Unión Patriótica ont été tués par des partisans d’extrême-droite en relation avec l’armée et la police colombiennes.

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“Sans justice, quelle paix ?”

Parmi les opposants les plus explicites et virulents, deux noms sont récurrents. L’ex-président colombien Álberto Uribe justifie sa position en rappelant le passé des FARC, ayant «assassiné maires et responsables politiques, restreint la liberté». Il décrédibilise même les accords en soulignant le fait que ce soit désormais «le groupe terroriste qui apprenne au gouvernement Santos comment améliorer la démocratie». Everth Bustamante, avocat et homme politique centre démocrate, ne cache pas non plus sa réticence envers la normalisation des relations entre les FARC et le gouvernement colombien. Il évoque notamment l’impunité des crimes commis, et soutient que le dédommagement des victimes doit rester au centre des accords. Cependant, celui-ci est assez litigieux puisqu’il se ferait grâce à l’argent tiré du narcotrafic. Bustamante considère le résultat négatif du référendum comme une occasion de renégocier, tout en dénonçant le fait que seuls 3 des 163 compromis contenus dans les accords sont à la responsabilité des FARC. De plus, il affirme que coût de ces traités de paix dépasse les 250 milliards de pesos, ce qui équivaut au budget du pays pour l’année 2017.

Serait-ce utopique de croire à une réelle paix pour la Colombie ? Que deviendront les ex-combattants ? D’autres groupuscules sont-ils susceptibles voir le jour, ou rejoindraient-ils l’Armée de Libération Nationale (ELN) ? Ne serait-ce pas simplement une façon de redorer l’image du futur parti, compte tenu de la baisse de leurs effectifs ces dernières années ? À ces questions s’ajoutent la peur de devenir un état mafieux où le narcotrafic ne cesse pas, ainsi que l’hésitation quant à l’ouverture des portes de la politique nationale à un ex-ennemi de guerre. Il semblerait qu’au moment clé de leur conflit avec les FARC, les Colombiens balancent entre appréhension et espoir.

 

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