19 juin 1984, Madison Square Garden, ce soir là le meilleur joueur de l’histoire du basket-ball est sur le point d’être drafté. Michael Jordan, 21 ans à l’époque, est sélectionné en 3ème position par les Chicago Bulls qui vont avec ce choix changer à jamais le visage de la franchise. Les Rockets de Houston ayant drafté le futur Hall of Famer Hakeem Olajuwon, ce choix ne fait aucune contestation tant Olajuwon a porté la franchise, et ce jusqu’au titre suprême. L’éternelle question sur cette draft est autour de Portland. La franchise décida ce soir là de drafter le pivot Sam Bowie, qui va voir toute sa carrière entachée par des blessures et ne jamais atteindre son potentiel. Une décision qui va impacter non seulement les franchises de Portland et de Chicago mais aussi la NBA toute entière, de son développement en Europe à son marketing en passant par ses audiences télévisées.

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Quand t’es le garçon le plus populaire à l’école.

Réécrivons l’histoire. Draft 1984, ce soir là les Blazers ne se trompent pas. Avec leur deuxième choix de draft, ils sélectionnent l’arrière de North-Carolina Michael Jordan. Portland a la superstar tant recherchée, les Bulls eux, en draftant Sam Bowie vont voir leur franchise sombrer dans les abysses de la conférence Est. D’un point de vue individuel, on peut facilement imaginer que Jordan aurait dominé ses vis-à-vis avec la même aisance. La question demeure pour ce qui est de la capacité qu’aurait eu Portland à l’entourer de joueurs de talent. Quid des résultats de son équipe en playoffs sans Scottie Pippen, Horace Grant, Dennis Rodman et sans son mentor et coach Phil Jackson… Imaginer Jordan mal entouré à Portland pourrait beaucoup ressembler au premier passage de LeBron James à Cleveland, où il luttait pour le titre avec une armée de second couteau. La question mérite donc d’être posée, que se serait-il passé si Jordan n’avait pas gagné de titre, dû à l’absence d’un « supporting cast » de qualité aux Blazers, et de ce fait ne jamais crée ce mythe et cette légende qui a tant aidé au développement de la NBA. Michael Jordan même sans bagues de champion aurait bien sûr marqué son époque de par son talent et ses statistiques, mais il serait rentré dans la case des Iverson, Barkley ou Ewing, celle des monstres sans titres.

Sans un joueur dominateur à la fois individuellement et collectivement, la NBA n’aurait pas eu cet ambassadeur sur lequel s’appuyer pour doper ses audiences télévisuelles, ses ventes de maillots, sa popularité dans le monde. Sans l’ascension de Jordan, la NBA aurait beaucoup souffert financièrement et n’aurait pas forcément acquis le rayonnement qu’elle a actuellement.

INGLEWOOD, CA - 1987: Michael Jordan #23 of the Chicago Bulls looks on against the Los Angeles Lakers circa 1987 at the Great Western Forum in Inglewood, California . NOTE TO USER: User expressly acknowledges and agrees that, by downloading and or using this photograph, User is consenting to the terms and conditions of the Getty Images License Agreement. Mandatory Copyright Notice: Copyright 1987 NBAE (Photo by Andrew D. Bernstein/NBAE via Getty Images)

La tête des mauvais soirs.

L’autre grand perdant aurait été, bien évidemment la franchise de Chicago. Avant d’accueillir « MJ », les Bulls était une franchise peu populaire, pas de titres, pas de grosses audiences télévisuelles, un ville assez pauvre et donc pas de possibilité d’amasser énormément d’argent dans le marketing. Sans Jordan et avec Bowie, cette tendance aurait continué, voir même empiré par lassitude du public à voir son équipe ne jamais être en position de favori au titre. Le scénario le plus extrême, bien que pas impossible aurait pu voir la disparition de la franchise à la manière de Seattle. Qui sait ce que seraient les Bulls aujourd’hui sans l’apport de son numéro 23 légendaire ? Une franchise médiocre au mieux, une franchise morte au pire, le constat aurait été amer pour Chicago. Emmené par la Dream Team de 1992 et de son succès olympique ainsi que par des Bulls archi dominateurs dans les années ’90, le basket et notamment la NBA vont énormément se développer en dehors des frontières américaines. De nombreux fans européens ont découvert et aimé ce sport par l’intermédiaire de cette équipe légendaire des Bulls. Comme Ali ou Pelé en leurs temps, Jordan a dynamisé son sport. Sans une équipe capable de l’aider à conquérir le titre autour de lui, tout cela n’aurait pas été possible, pas à la même échelle en tout cas. L’influence de la NBA en Europe serait moindre et on ne verrait pas forcément de match à Londres comme c’est le cas chaque année. La popularité de la NBA en Europe pourrait beaucoup ressembler à celle de la NFL, très minoritaire et dont les médias ne parle réellement que lors du Superbowl.

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Ça donne le sourire d’être le premier sportif milliardaire.

Les grands gagnants de l’histoire, les Blazers, auraient eux vu tout ce qui entoure la franchise gagner un second souffle, sa popularité, le marketing, les audiences… Car le talent et le charisme de Jordan suffisent à rendre une franchise attractive. La question des succès collectifs dépends grandement de la capacité qu’aurait le front-office de l’époque à entourer sa majesté Jordan, notamment avec un grand coach et des coéquipiers capable de la soutenir dans les moments chauds. Et dans le cas où le management des Blazers aurait réussi dans cette tâche comme l’ont fait les Bulls, c’est Portland qui serait aujourd’hui une franchise légendaire et Chicago qui lutterait difficilement pour garder ses joueurs et n’attirerait aucun agent libre.

Telle est l’importance inouïe de ce choix, une décision prise au dernier moment tant elle semblait difficile pour Portland le soir de la Draft a changé pour l’éternité la NBA. Drafter Michael Jordan aurait été le plus grand coup de l’histoire de la franchise, au lieu de ça ils ont sélectionnés Sam Bowie et ne sont toujours pas sortie de la lose depuis ce jour là.

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