Le 7 mai 2017, à 20h pile, presque personne ne s’étonnera devant le spectacle qui nous sera proposé. Après une journée passée devant la télé et les réseaux sociaux, à la recherche des premières tendances, après un début de soirée a bouloter nerveusement les cacahuètes posées devant le canapé en attendant le verdict, personne ne pourra s’étonner.  S’il est une chose qui doive être sûr quant aux prochaines élections présidentielles, c’est bien celle-là.

On ne sait certes encore pas aujourd’hui quels seront tous les candidats, quels seront leurs programmes exacts, mais on peut être presque certain que leurs visages sont déjà connus, que leurs ambitions sont géantes mais leurs idées malheureusement petites : la France est, dès aujourd’hui, dans une impasse politique qui va durer au moins 5 ans, et ce quel que soit le résultat de l’élection présidentielle prochaine. A priori, la nouvelle répartition des forces politiques que les médias disent « tripartite » devrait se retrouver une fois encore traduite dans les premiers sondages, et très probablement dans les résultats du premier tour.

“Leur thème principal sera un dérivé de la rhétorique en place depuis presque 2 ans : la peur.”

Là se trouve la première difficulté : il n’y a que deux places dans cette finale, et les prétendants à cette compétition ont faim, très faim, ils sont prêts à tout, ou presque, pour assouvir ce besoin de pouvoir, cette chance qu’il leur sera peut être donné de laisser leur nom inscrit dans l’histoire de France. Deux des programmes principaux proposés en demi-finale le 23 avril, ceux du parti Les Républicains (LR) et du Parti Socialiste (PS) sont déjà presque connus. Ils seront tous les deux des variantes d’une même idéologie économique, et leur thème principal sera un dérivé de la rhétorique en place depuis presque 2 ans : la peur.

"Le premier arrivé a gagné"

“Le premier arrivé a gagné”

À ce petit jeu là, une seule personne gagnera, celle qui remportera l’élection et dans le même temps , beaucoup risquent d’y perdre énormément : l’ensemble des français, délaissés au profit d’un discours bien souvent vide de sens mais qui frappera les esprits de par les mots qui y seront employés.

Dès la rentrée politique de septembre, la machine électorale va se mettre en marche dans les principaux partis, tandis que les petits candidats, anonymes malheureux à qui la lumière se refusera durant les 9 prochains mois, commenceront à parcourir la France sans relâche, mais sans succès non plus. L’emballement médiatique s’annonce sans précédent pour une raison très simple : une multitude de forces vont jouter jusqu’en janvier, avec l’organisation d’une primaire à droite fin novembre d’abord, à gauche en janvier ensuite. Et pour occuper l’espace médiatique au milieu de ces courses à la nomination, le Front national (FN) va devoir se révéler encore plus créatif que d’usage dans sa communication, amenant sans doute à des excès de langage, des déclarations violentes et parfois mensongères,  des actions « de terrain » choc, le tout dès le mois de septembre, soit à 8 mois du premier tour, où tout se jouera certainement pour l’avenir de l’auto-proclamé « Premier parti de France ».

Et dès septembre, c’est donc la didactique de la peur (qu’on appelle en politique un « discours sécuritaire » pour ne pas révéler l’astuce trop aisément au grand public) qui va doucement se mettre en place, et elle sera définitivement installée au moment où l’on atteindra le pic politique de la primaire de droite courant novembre. Avec la primaire, où deux figures principales vont s’affronter, à savoir Alain Juppé, favori des sondages depuis de (trop ?) nombreux mois, qui joue la carte du modéré parfois vicieux comme il l’a montré dès le lendemain de l’attentat de Nice, et Nicolas Sarkozy, l’ancienne étoile montante déchue de l’UMP, qui a mis en oeuvre une impressionnante stratégie de come-back depuis 2014 qui pourrait s’avérer payante et donner une dernière chance présidentielle à cet homme assoiffé de pouvoir.

“Alain Juppé se verra forcé lui aussi de muscler son discours au risque sinon d’échouer une fois encore aux pieds de la nomination”

La teneur des débats chez Les Républicains ne laisse aucune place au doute : Nicolas Sarkozy, toujours animé par l’esprit de Patrick Buisson, son ex-conseiller proche de l’extrême droite, va pousser dans un sens ultra-sécuritaire, au travers d’un discours qui se rapprochera de celui du FN sur les plans de l’immigration et de la sécurité. Il va, sommes toutes, jouer avec tous les ressorts de la peur chez l’électeur moyen mais politisé, pour essayer de renvoyer Alain Juppé à son ancienne image de personne « molle » car modérée sur plusieurs sujets (vous imaginez, vous, Sarkozy vous dire que l’éducation est la mère des réformes et carrément écrire un bouquin entier là dessus pour vous montrer sa motivation ?). Ainsi, ce dernier se verra forcé lui aussi de muscler son discours au risque sinon d’échouer une fois encore aux pieds de la nomination, qui lui était pourtant promise par Jacques Chirac dès 1995.

 

À droite, le terrain sécuritaire et migratoire sera donc très largement occupé par les deux candidats majeurs du parti LR, ne laissant que peu de places aux autres sauf immense surprise, et ce petit jeu va rapprocher les positions des Républicains de celles du Front national, entretenant le flou qui subsiste depuis 2012 quant à la supposée porosité de l’électorat LR « dur » et le courant « modéré » du FN.

Si la bataille pour la nomination présidentielle à gauche se jouera en janvier, soit deux mois après celle des Républicains, c’est tout sauf un hasard. Cela permet en effet à François Hollande de se présenter à cette élection, et donc de se porter candidat pour le PS et ses quelques alliés restant aux présidentielles. En effet, un Président de la République en exercice ne peut pas se porter candidat avant le « dernier moment », car dès le moment où il est candidat toutes ses actions politiques sont analysées sous le prisme de la campagne électorale, cela permet à ses opposants de se victimiser en disant que le Président-candidat abuse des moyens de l’État pour sa campagne (ce qui est une pratique plus que courante de la Vème République) et donc de remonter l’opinion publique contre un supposé abus de pouvoir et un usage illégitime des ressources de l’État. S’il n’en bénéficiera peut être pas, on sait déjà que François Hollande bénéficie déjà d’un soutien coquin du Parti socialiste qui lui fut autrefois si cher. La particularité de la primaire de gauche est que, si le duo Valls-Hollande va chercher à focaliser sa campagne sur « la défense de la République » comme le dit le Premier Ministre lui-même, à leur gauche (on peut difficilement être candidat de la primaire de gauche et être plus à droite que cette doublette), c’est un champ de mine. Benoit Hamon s’est porté candidat. Depuis, Arnaud Montebourg s’est joint à la danse sans que l’on sache s’il passera par la primaire ou non.

Vous, les copains, je ne vous oublierai jamais

Vous, les copains, je ne vous oublierai jamais

En opposition à Mr Hollande, on retrouvera les travers de la gauche d’opposition actuelle : de grands mots, de petits concepts, aucune possibilité de résultat ou presque. Ainsi, « la défense de la République », qui n’est ni plus ni moins que l’incarnation « de gauche » d’un discours sécurité axé sur les valeurs, devrait être sans trop de difficulté le thème qui ressortira grand vainqueur de cette primaire presque fantoche et décidée au tout dernier moment pour couper court à beaucoup d’ambitions présidentielles, et son candidat, François Hollande, devrait être le candidat de la gauche, particulièrement lorsque l’on observe la tendance fortement légitimiste des militants PS qui avaient largement élu Jean-Christophe Cambadélis, soutien de Hollande, à la tête du parti en 2015.

Tous les candidats principaux qui nous seront proposés auront déjà échoué lorsqu’ils étaient au pouvoir, et lorsqu’ils n’y étaient pas. Alain Juppé et Marine Le Pen ont été condamnés par la justice. Nicolas Sarkozy est poursuivi dans une dizaine d’affaires différentes. François Hollande a été l’incarnation même de l’échec et de l’indécision.

Ainsi, trois forces majeures et des candidats à la limite de l’imposture, dont les thèmes de campagne seront tous dérivés d’une rhétorique jouant sur la peur, sur laquelle tous les débats se focaliseront et qui fera parfois presque oublier les autres thèmes de la campagne, pourtant bien plus importants. En effet, aujourd’hui, on a plus de chances de mourir frappé par la foudre que frappé par une attaque terroriste.

Mais le terrorisme exacerbant nos frayeurs, développant encore un peu plus les fantasmes islamophobes de certains, se jouant de tout rationalisme et installant la peur, laisse la place à ce discours sécuritaire et souvent haineux, appelle les politiques et leurs communicants à occuper ce terrain pour ne plus s’adresser à la rationalité des gens mais plutôt à leurs émotions. Cette élection est perdue d’avance. Par ces candidats qui veulent plutôt discuter des peurs que de la crise sociale, du burkini plutôt que du non-cumul des mandats, par ces candidats qui ont tellement faim de pouvoir qu’ils préfèreront endormir un temps encore les consciences pour atteindre leur objectif. Mais la gueule de bois de millions de français apparaîtra, en même temps que se réveillera leur conscience, durant le prochain mandat, et encore une fois on entendra « plus jamais ça » jusqu’à ce qu’une femme ou un homme sorte du lot, comme le veux le fonctionnement de la Vème République, ou, à défaut de providence, jusqu’à ce qu’un nouveau somnifère fasse son apparition sur le marché politique, où l’on est pourtant sensés trouver de tout, mais où l’on ne trouve que bien trop rarement ce qu’il nous faudrait. Il sera trop tard, mais personne ne s’en étonnera.

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