4 Your Eyez Only est le quatrième album de l’artiste phare de Dreamville Records. Sorti le 9 décembre 2016, exactement 2 ans après 2014 Forest Hills Drive, cet album enfonce le clou et montre une fois de plus que J. Cole est non seulement un artiste fantastique mais aussi un véritable écrivain. Un album lourd musicalement et lyriquement, mais surtout lourd de sens.

Un album inattendu :

Le mois de juillet dernier, Cole a fait un featuring avec Dj Khaled pour son neuvième album, Major Key, sorti le 29 juillet 2016. Il s’agit en fait d’un interlude dans lequel Cole s’exprime sur l’industrie du rap. Il pointe du doigts les problèmes de brutalité causés par la police, il parle ensuite de la violence entre les Noirs “black-on-black violence” et fini par nous dire qu’il a pour projet de se retirer du rap game. En octobre 2016, lors du Meadows Festival, J. Cole annonce pendant son concert que ce serait son “last show for a very long time” / dernier concert avant un bon moment. Un bon coup de pression, qui nous a finalement fait savourer encore plus son nouvel album. La surprise était tenue jusqu’au bout, puisque que ce n’est pas lui qui a annoncé la sortie de son album, 4 Your Eyez Only est apparu en pré-commande sur iTunes le 1er décembre, avec aucune information, si ce n’est que l’album contenait 10 titres.

Une petite douceur dans un monde de brutes :

Alors que la plupart des rappeurs se prétendent être les meilleurs, et dont les albums sont une véritable déferlante d’achèvements, de succès, de belles filles, d’argent, etc… 4 Your Eyes Only est purement et simplement les récits de la vie de J. Cole, avec les ressenti de quelqu’un qui est comme vous et moi. Juste la sincérité et la profondeur des sentiments d’un homme qui est passé par beaucoup de choses. Pour se faire, J. Cole a opté pour un album narratif, dans lequel il raconte les principales étapes d’une vie “normale” : tomber amoureux à travers She’s Mine Part. 1, avoir un enfant avec She’s Mine Part. 2 et perdre quelqu’un de proche grâce à Change. Toutes ces étapes sont racontée par J. Cole, et écrite par J. Cole lui-même. Et c’est sûrement grâce à ça qu’il mérite sa place parmi les plus grands rappeurs US. J. Cole c’est une âme, une plume et une voix.

 

Un hommage à son ami d’enfance :

Contrairement à ce que tout l’album pourrait nous faire croire, il ne s’agit pas de la vie de J. Cole, mais de celle de son pote d’enfance. “James McMillan” a été assassiné quand il avait 22 ans et une petite fille qui venait de naître, mais J. Cole a modifié les noms de l’ami dont il est question ainsi que celui de sa fille, qui se nomme Nina dans l’album. Il s’agit en fait du même ami qu’il mentionne dans 03’ Adolescence, celui qui voulait entraîner J. Cole dans le monde de la drogue. D’ailleurs, Cole avait censuré le nom de “James” dans 03’ Adolescence aussi. Un hommage anonyme, mais lourd de sens.
Il parle de “James” de manière flagrante à plusieurs reprises. En fait, “James” a été assassiné et Cole l’a appris en allumant la télé, où les JT parlaient de cette triste nouvelle. Dans Change, Cole reconstitue l’enterrement de “James” et nous éclaire sur la manière dont il appris que son ami était décédé :
I woke up and turned on the morning news
Overcame with a feeling I can’t explain
‘Cause that was my nigga James that was slain, he was 22.

Tout cet album est finalement adressé à “Nina” la fille de “James” qui n’a pas (ou alors très peu) connu son père. “James” avait demandé à J. Cole de raconter son histoire si jamais il mourrait, pour que sa fille en sache plus sur son père, et J. Cole le dit très clairement, en prenant la parole de “James” pour première personne :
Write my story down and if I pass
Go play it for my daughter when she ready
And so I’m leaving you this record for your eyes only

Un dernier petit détail rend évident le fait qu’il cherche à raconter une histoire : le petit bruit de pression au début de la première musique de l’album (From Whom the Bell Tolls) et à la fin de la dernière musique (4 Your Eyez Only) comme si quelqu’un pressait le bouton play et écoutait l’album… C’est-à-dire “Nina”, la fille de “James” qui écoute l’histoire de son père. Une référence à “Nina” est d’ailleurs faite dans Ville Mentality, où l’interlude est une petite fille qui parle du décès de son père (il se pourrait d’ailleurs que ce soit “Nina”) :
My dad, he died—he got shot cause his friend set him up
And I didn’t go to his funeral—and sometimes when I’m in my room, I get mad at my momma when she mean to me
And she—
And she say, clean up—I say—
I get mad, I slam my door and go in my room—
And then, I get mad and I say, “I wish my dad was here”

Une biographie pour sa fille ?

Pourtant, J. Cole semble s’être totalement fusionné avec “James” dans cet album, puisqu’on est totalement trompés : à la première écoute, il semble évident que 4 Your Eyez Only est un story-telling adressé à sa fille.
La sorte de “clic” présente au début et à la fin de l’album et la première personne utilisée tout au long des sons nous laisse croire que J. Cole nous raconte sa vie, ses ressentis, etc. C’est alors une véritable mise en abîme qui se déclenche : J. Cole s’adresse à nous (dans le présent) en parlant de sa vie (au passé, et quelque fois au présent), mais l’album serait alors écouté une fois qu’il serait mort (dans le futur). Et la personne qui écouterait cet album serait sa fille, qui est venue au monde très récemment. Il faut aussi savoir que Cole a eu une vie quasi semblable à celle de “James”, il serait donc possible qu’il se soit servi de cet album pour faire d’un pierre deux coups : rendre hommage à son ami et s’adresser à sa fille une fois qu’elle “sera prête” à écouter cet album.

 

L’album le plus mystérieux que J. Cole ait sorti :

Les interprétations fusent : une story-telling ou un hommage à son ami  ? S’il y a hésitation entre les deux solutions, c’est peut-être que l’album rempli ces deux rôles, tout simplement. Pourtant, même si l’ambiguïté est là, l’hommage à son ami assassiné est la priorité dans cet album. Quoi qu’il en soit, cet album est bourré de phrases à double voir triple sens, dont le premier n’est souvent pas le bon. Neighbors est d’ailleurs un parfait exemple des feintes que Cole s’est amusé à placer dans 4 Your Eyez Only. Le refrain de ce morceau est particulièrement trompeur.
I guess the neighbors think I’m sellin’ dope, sellin’ dope
Sellin’ dope, sellin’ dope, sellin’ dope
Well motherfucker, I am

Non, il ne parle pas de drogue. En fait, cet album raconte une histoire qui est réellement arrivée à Cole. Il avait pris une maison dans un quartier pour pouvoir enregistrer/écrire ses musiques tranquillement. Il y avait donc beaucoup de gens (dont des Noirs) qui faisaient des aller-retour dans cette maison ou alors restaient devant. Et les préjugés ont fait que les voisins pensaient que cette maison était un lieu de trafic de drogues. J. Cole approuve, mais il ne s’agit pas de drogue à proprement parler, il s’agit en fait de sa musique.

 

La relève de 2Pac :


4 heures après que l’album ait été lâché au public, le président de Dreamville a posté ce tweet. « La voix de ceux qui n’en n’ont pas » affirme t-il, en référence à J.Cole. Et il pèse ses mots. Au final, peut importe si “James McMillan” est une véritable personne ou alors un avatar qui résumerait à lui seul des milliers de vies de jeunes de quartier, J. Cole est un véritable porte parole. Et ça ne peut nous faire penser qu’à une seule personne : 2Pac. Bien qu’une référence était déjà faite à demi-mot dans le titre de l’album (4 Your Eyez Only du côté de J. Cole et All Eyez On Me du côté de 2Pac), il véritable allusion est faite dans Immortal :
To die young legend or to live a long life unfufilled?
‘Cause you wanna change the world
But while alive you never will
‘Cause they only feel you after you gone

 

Il est possible d’en apprendre encore plus sur cet album grâce au documentaire de 40mn que Cole a fait, Eyez, disponible exclusivement sur Tidal.

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